Hôtel d'Arlatan-Lauris dit aussi d'Arlatan de Montaud ou Bonnecorse-Lubières
Au cœur du quartier Villeneuve d'Aix-en-Provence, cet hôtel particulier du Grand Siècle déploie ses salons ornés de gypseries baroque et Louis XV, témoignage raffiné de la noblesse parlementaire provençale.
Histoire
L'hôtel d'Arlatan-Lauris s'inscrit dans le tissu urbain régulier et élégant du quartier Villeneuve, ce morceau de ville planifié à l'est d'Aix-en-Provence où les rues se croisent à angle droit selon un schéma quasi-classique. Loin de l'improvisation médiévale, il incarne la rigueur et l'ambition d'une noblesse de robe qui, à la fin du XVIIe siècle, entendait manifester sa puissance dans la pierre et le plâtre doré. Ce qui rend cet hôtel véritablement singulier, c'est la superposition de deux âges d'or de la décoration intérieure française. Les salons du premier tiers du XVIIIe siècle arborent des gypseries d'une grande délicatesse, ces ornements en plâtre moulé qui rivalisent avec les stucs italiens. Puis, vers 1760, une nouvelle vague décorative investit d'autres pièces dans le registre souple et rocailleux du Louis XV, créant un dialogue fascinant entre deux générations du goût aristocratique provençal. La visite révèle également la complexité du programme architectural : au-delà du corps de logis principal, les communs forment un vaste ensemble en U qui surpasse en superficie l'hôtel lui-même — signe d'une exploitation agricole et domestique d'envergure, rappelant que ces grandes familles parlementaires vivaient selon un modèle quasi-seigneurial en plein cœur de la ville. La surélévation de la partie centrale des communs au XVIIIe siècle témoigne d'une adaptation constante aux besoins d'une maison aristocratique prospère. Pour le visiteur passionné d'architecture civile et d'arts décoratifs, l'hôtel d'Arlatan-Lauris constitue l'un des témoignages les mieux préservés de la civilisation hôtelière aixoise, cette culture unique où la bourgeoisie de robe rivalisa d'élégance avec la haute noblesse dans une ville qui se rêvait en petite Versailles du Midi.
Architecture
L'hôtel d'Arlatan-Lauris s'inscrit dans la grande tradition de l'hôtel particulier baroque provençal de la fin du XVIIe siècle, caractérisée par une façade sobre et ordonnancée sur rue, dissimulant la richesse des décors intérieurs. Implanté dans la trame régulière du quartier Villeneuve, il suit le schéma classique aixois : un corps de logis principal développé en profondeur, précédé d'une cour et flanqué de communs qui forment ici un imposant ensemble en U, dont la superficie dépasse celle de l'hôtel lui-même — détail révélateur de l'importance de l'intendance domestique et agricole de ces grandes familles parlementaires. L'élément architectural le plus spectaculaire, la porte monumentale d'entrée, a malheureusement quitté Aix pour rejoindre les collections lyonnaises. On peut imaginer qu'elle arborait les attributs caractéristiques de la sculpture baroque méridionale : pilastres à bossages, fronton brisé, tables de marbre et armoiries sculptées. À l'intérieur, les décors en gypserie constituent le point d'orgue de la visite : ces ornements en plâtre moulé, datant pour les plus anciens des années 1730-1735, déploient un répertoire de cartouches, de trophées et de motifs végétaux d'une remarquable finesse d'exécution. Les interventions postérieures, vers 1760, introduisent le vocabulaire rocaille dans des pièces d'apparat dont les cheminées et les boiseries reflètent le goût Louis XV dans sa version méridionale, légèrement plus sobre qu'à Paris mais non dénuée d'invention. La surélévation de la partie centrale des communs, réalisée dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, adapte l'ensemble aux exigences croissantes d'une maison aristocratique en pleine expansion.


