Hôtel Baour
Joyau discret de Bordeaux, l'hôtel Baour déploie l'élégance sobre du néoclassicisme Louis XVI au cœur d'un tissu urbain remarquable, témoignant du faste bourgeois de la ville des Lumières.
Histoire
Au détour d'une rue bordelaise, l'hôtel Baour se révèle comme l'un de ces palais urbains qui firent la réputation de Bordeaux au XVIIIe siècle. Inscrit aux Monuments Historiques depuis 1935, il appartient à cette constellation d'hôtels particuliers qui constituent le véritable patrimoine de pierre de la métropole girondine, aux côtés des grandes réalisations de Victor Louis ou de Gabriel. Ce que rend singulier l'hôtel Baour, c'est précisément la cohérence de son écriture architecturale : une façade où la retenue classique triomphe sur l'ornement superflu, caractéristique du goût Louis XVI qui se répandit dans les grandes villes de négoce françaises dans le dernier quart du XVIIIe siècle. Bordeaux, enrichie par le commerce atlantique et le grand port colonial, s'était alors couverte d'hôtels particuliers commandités par des armateurs, des négociants en vins et des magistrats désireux d'afficher leur rang social dans la pierre. Visiter l'hôtel Baour, c'est pénétrer dans l'intimité de cette aristocratie marchande bordelaise, dont les ambitions esthétiques rivalisaient avec celles de la noblesse de robe parisienne. La composition de l'ensemble, avec ses proportions soigneusement équilibrées, reflète un idéal de mesure et d'harmonie que l'architecture néoclassique portait alors à son apogée. Le cadre bordelais renforce encore l'émotion patrimoniale : inséré dans un tissu de grands hôtels particuliers classés au patrimoine mondial de l'UNESCO, l'hôtel Baour s'inscrit dans un ensemble urbain d'une rare homogénéité, où la pierre blonde de la région confère à toute la ville sa lumière caractéristique, chaude et dorée aux heures tardives de la journée. Que l'on soit passionné d'architecture, amateur d'histoire sociale ou simple amoureux de Bordeaux, l'hôtel Baour mérite qu'on s'y arrête : il incarne avec discrétion et élégance tout ce que le XVIIIe siècle français sut créer de plus accompli dans l'art de vivre en ville.
Architecture
L'hôtel Baour s'inscrit dans le vocabulaire néoclassique qui triompha en France sous le règne de Louis XVI, en réaction contre les ornements jugés trop chargés du style rocaille. La façade, élevée en pierre de taille calcaire extraite des carrières girondines — cette fameuse « pierre blonde » qui unifie toute la ville de Bordeaux —, présente une composition rigoureusement symétrique, caractéristique d'une esthétique fondée sur la raison et la mesure plutôt que sur la fantaisie décorative. L'ordonnancement des travées, la hiérarchie des niveaux et le traitement des ouvertures reflètent les principes enseignés par l'Académie royale d'architecture : pilastres ou lésènes scandant la verticalité, frontons et corniches soulignant les horizontales, balcons en fer forgé ciselé avec élégance aux fenêtres du premier étage noble. La toiture, à la française, adopte la pente discrète et les matériaux caractéristiques de la région. La cour intérieure, élément essentiel de tout hôtel particulier bordelais du XVIIIe siècle, devait articuler les différents corps de logis autour d'un espace de circulation digne du standing de ses commanditaires. À l'intérieur, les appartements de réception étaient vraisemblablement dotés des boiseries peintes, des cheminées en marbre et des plafonds à caissons ou stucs moulurés typiques du goût Louis XVI, où les motifs antiques — feuilles d'acanthe, guirlandes, palmettes, rosaces — remplacèrent les rocailles asymétriques du style précédent. L'ensemble dénote un maître d'œuvre compétent, parfaitement au fait des tendances architecturales parisiennes et capable de les décliner avec une sensibilité proprement méridionale.


