Grotte, gisement du Roch et abri sous roche du Pas-Estrét
Aux confins du Périgord noir, le gisement du Roch et l'abri du Pas-Estrét révèlent vingt millénaires d'occupation humaine : art pariétal, outillage magdalénien et vestiges néolithiques classés depuis 1932.
Histoire
Nichés dans les falaises calcaires qui dominent les vallées encaissées de Saint-André-d'Allas, la grotte, le gisement du Roch et l'abri sous roche du Pas-Estrét forment un ensemble archéologique d'une densité exceptionnelle. Ici, la roche elle-même est une archive : chaque couche sédimentaire, chaque fissure du calcaire périgourdin renferme les traces de communautés humaines qui se sont succédé du Paléolithique supérieur jusqu'au Néolithique, couvrant ainsi une fourchette de près de vingt mille ans d'histoire silencieuse. Ce qui rend ce site véritablement singulier, c'est la superposition de deux grandes traditions culturelles lisibles dans le sol et dans la pierre. Les niveaux les plus anciens correspondent aux chasseurs-cueilleurs du Paléolithique supérieur, contemporains des artistes de Lascaux et des Eyzies, qui utilisaient ces abris comme campements saisonniers lors de leurs déplacements au fil du gibier. Les niveaux plus récents témoignent de l'installation de communautés néolithiques, premières agricultrices de la région, dont les pratiques funéraires et domestiques contrastent avec l'itinérance de leurs prédécesseurs. L'abri sous roche du Pas-Estrét — toponyme occitan évoquant un passage étroit taillé par le temps — offre une morphologie caractéristique des sites de plein air couverts du Périgord : une voûte calcaire inclinée, protégeant un sol en légère pente, qui concentre naturellement le mobilier archéologique. La lumière rasante du matin révèle des parois où subsistent, selon les saisons, des traces de colorants ocres et des stries d'outils, témoins discrets d'une fréquentation millénaire. Visiter ce lieu, c'est faire l'expérience d'une archéologie à ciel (presque) ouvert, loin de la muséification des grands sites touristiques voisins. Le cadre demeure sauvage : chênes pubescents, genévriers et pelouses calcicoles entourent les affleurements rocheux, dans un paysage qui n'a guère changé depuis que les premiers humains y dressèrent leurs feux. Pour le passionné de préhistoire, cette authenticité brute est une récompense en soi.
Architecture
Le site du Roch et de l'abri du Pas-Estrét relève de la géologie autant que de l'architecture au sens strict : c'est la tectonique du calcaire coniacien périgourdin qui en a façonné la morphologie, créant des surplombs, des galeries et des niches que l'homme préhistorique a su reconnaître et exploiter. L'abri sous roche du Pas-Estrét présente un profil en berceau aplati typique des érosions karstiques du Périgord noir : une voûte calcaire inclinée d'une dizaine de mètres de portée, protégeant une surface au sol de dimensions modestes mais suffisantes pour accueillir un groupe familial de chasseurs-cueilleurs. Les parois, creusées par la dissolution et l'action du gel, présentent des alvéoles et des corniches naturelles qui ont pu servir de rangements ou de supports à des structures légères en matériaux périssables. Le gisement proprement dit, désigné sous le toponyme du Roch, correspond à une accumulation sédimentaire plurimétrique — souvent plusieurs mètres de dépôts stratifiés — scellant sous des couches successives de limons, d'éboulis calcaires et de cendres les vestiges des occupations successives. Cette stratigraphie naturelle constitue en elle-même un document architectural de première importance : elle permet aux archéologues de lire le temps comme on lirait les pages d'un livre, chaque couche correspondant à une période et à une culture distinctes. La calcite des parois, imperméable, a contribué à la conservation exceptionnelle des matières organiques — os, charbons, pollens — indispensables aux datations radiocarbones.


