Château de Goubelet ou Goblet
Né mas provençal au XVIe siècle, le château de Goubelet s'est mué en élégante demeure classique méridionale en 1783, conservant ses ailes anciennes et son mystérieux escalier suspendu en vis.
Histoire
Aux portes de Tarascon, dans cette Provence baignée de lumière et chargée d'histoire, le château de Goubelet — parfois orthographié Goblet — incarne une trajectoire architecturale rare : celle d'un simple mas agricole qui, au fil des générations et des ambitions de ses propriétaires, s'est hissé au rang de demeure seigneuriale. Cette métamorphose, accomplie sur deux siècles, confère au château une personnalité hybride, à la fois rigoureuse dans ses formes classiques et profondément ancrée dans la tradition constructive du Midi. Ce qui rend le château de Goubelet véritablement singulier, c'est la cohabitation assumée entre deux époques bâtisseuses. D'un côté, la façade du XVIIIe siècle, ordonnancée et symétrique, avec son avant-corps central affirmant la dignité du propriétaire ; de l'autre, deux ailes plus anciennes conservant leurs niveaux de sol inférieurs, témoins silencieux de l'origine rustique du domaine. Ce dialogue entre l'austérité du mas de la Renaissance et l'élégance du classicisme tardif fait du château un document vivant de l'évolution du goût aristocratique en Provence. L'escalier suspendu en vis qui dessert les étages des ailes anciennes constitue l'un des trésors architecturaux du lieu. Ce type d'escalier, hérité des savoir-faire médiévaux et renaissants, exige une maîtrise technique considérable — ses marches s'encastrent dans le noyau central sans aucun support intermédiaire, créant une légèreté presque paradoxale dans la pierre. Il rappelle les grandes réalisations de l'architecture gothique méridionale et témoigne de la qualité des artisans locaux qui ont œuvré sur ce chantier. Si les intérieurs souffrent aujourd'hui d'un état de dégradation avancé, ils n'en demeurent pas moins émouvants pour le visiteur averti. Les vestiges de décors, les proportions des volumes et la logique distributive des espaces restituent l'atmosphère d'une demeure de la noblesse terrienne provençale à la veille de la Révolution. Le château est inscrit aux Monuments Historiques depuis 2012, une reconnaissance qui ouvre la voie à d'éventuels travaux de restauration. Le cadre environnant, typique de la plaine de la Crau et des abords du Rhône, complète le tableau : oliviers centenaires, garrigue odorante et ciel éclatant de Provence forment un écrin naturel qui n'a guère changé depuis que les premiers propriétaires ont posé les fondations de ce qui n'était alors qu'un modeste mas.
Architecture
Le château de Goubelet offre un exemple particulièrement instructif de ce que les historiens de l'architecture nomment la « tradition classique méridionale » : une synthèse entre les principes ordonnateurs du classicisme français — symétrie, hiérarchie des façades, clarté compositionnelle — et les contraintes et habitudes constructives héritées du bâti provençal des siècles précédents. La façade principale, réalisée en 1783, en est l'expression la plus lisible : un avant-corps central légèrement saillant y joue le rôle de pivot de la composition, encadré de travées régulières qui confèrent à l'ensemble une dignité bourgeoise sans ostentation excessive. L'escalier d'honneur qui prolonge cet avant-corps vers la cour ou le jardin reprend un dispositif prisé dans les hôtels particuliers arlésiens et avignonnais de la même époque. La véritable originalité architecturale du château réside dans la conservation de ses deux ailes plus anciennes, datant du dernier quart du XVIe siècle. Ces ailes, aux niveaux de sol inférieurs à celui du corps central — indice de leur antériorité et de la topographie naturelle du terrain — préservent un escalier suspendu en vis d'une grande qualité technique. Ce type d'escalier hélicoïdal, dont les marches en pierre de taille s'encastrent dans un noyau central sans support extérieur, constitue l'un des tours de force de l'art du stereotomie provençal, hérité des maîtres tailleurs de pierre du Moyen Âge tardif et de la Renaissance. Sa présence dans un édifice qualifié de mas à l'origine témoigne soit d'une première campagne de travaux ambitieuse dès le XVIe siècle, soit du remploi d'éléments provenant d'un édifice antérieur. Les matériaux employés sont vraisemblablement ceux de la construction provençale traditionnelle : pierre calcaire extraite des carrières locales de la région d'Arles et de la Crau, enduits à la chaux, tuiles canal pour les toitures. L'intérieur, aujourd'hui très dégradé, conserve néanmoins les volumes d'une organisation spatiale caractéristique des demeures de la fin de l'Ancien Régime : enfilades de pièces de réception, cuisines en sous-sol ou en aile de service, chambres à l'étage desservies par les escaliers principaux et secondaires.


