Gisement solutréen du Malpas
Vestige solutréen majeur du Périgord, le Malpas de Bourniquel livre les secrets d'une industrie lithique d'une rare élégance, façonnée il y a plus de 20 000 ans au cœur de la vallée de la Couze.
Histoire
Niché dans les paysages calcaires du Périgord noir, aux abords de la vallée de la Couze Palemie, le gisement solutréen du Malpas représente l'un des témoignages les plus précieux du Paléolithique supérieur en Dordogne. Classé Monument Historique dès 1927, ce site archéologique s'inscrit dans une région exceptionnellement riche en vestiges préhistoriques, entre Lascaux au nord et les abris ornés des bords de Vézère au nord-ouest, rappelant que le Périgord fut bien le berceau de l'humanité créatrice en Europe occidentale. Ce qui distingue le Malpas des innombrables sites préhistoriques de la région, c'est son appartenance à la culture solutréenne, une civilisation paléolithique d'une sophistication technique sans équivalent pour son époque. Entre 22 000 et 17 000 ans avant notre ère, les artisans solutréens maîtrisaient la taille par pression du silex à un degré de perfection que bien des archéologues n'hésitent pas à qualifier d'artistique : feuilles de laurier et feuilles de saule, minces comme du papier, constituent les marqueurs emblématiques de cette culture. Visiter le Malpas, c'est s'aventurer dans un environnement naturel préservé, où la géologie calcaire des causses du Périgord offre un cadre saisissant. Les affleurements rocheux et les micro-reliefs du terrain évoquent les conditions dans lesquelles vivaient ces groupes de chasseurs-cueilleurs, confrontés aux rigueurs du dernier maximum glaciaire. La végétation de garrigue et de chênes pubescents qui couvre aujourd'hui le site participe d'une atmosphère propice à la méditation sur les origines lointaines de l'aventure humaine. Pour les passionnés d'archéologie et les curieux d'histoire profonde, le gisement du Malpas constitue une étape incontournable dans tout parcours consacré à la préhistoire périgordine. En le combinant avec la visite des musées et grottes ornées environnants — le Musée national de Préhistoire aux Eyzies ou la grotte de Pech Merle dans le Quercy voisin —, le visiteur compose un tableau saisissant de la splendeur intellectuelle et technique de nos ancêtres du Paléolithique.
Architecture
En tant que gisement préhistorique de plein air, le Malpas ne présente pas d'architecture au sens conventionnel du terme. Son « bâti » est celui que la géologie a façonné : des formations calcaires crétacées propres aux causses du Périgord, offrant abris sous roche, surplombs et dépressions naturelles qui constituèrent autant d'espaces de vie, de travail et peut-être de rites pour les groupes solutréens. Le substrat calcaire du site est caractéristique du faciès géologique dominant entre la Dordogne et le Lot : un calcaire tendre, facilement érodé par les eaux de ruissellement, qui génère des paysages de petits causses entaillés de vallées sèches et de combes. Cette géologie particulière a joué un rôle déterminant dans le choix d'implantation des groupes préhistoriques, qui recherchaient à la fois la proximité des sources de silex, l'exposition au soleil des parois rocheuses et la surveillance des couloirs de migration des grands herbivores — rennes, chevaux, bisons — dont ils dépendaient pour leur subsistance. Les vestiges matériels caractéristiques du Solutréen périgourdin incluent des concentrations de silex taillés, des foyers, des ossements de faune chassée et parfois des restes de colorants minéraux. La disposition spatiale de ces éléments, lorsqu'elle peut être restituée par les fouilles, révèle une organisation fonctionnelle précise des espaces d'activité, témoignant d'une adaptation remarquable à l'environnement périglaciaire du dernier maximum glaciaire.


