Gisement de Tabaterie (abri Brouillaud et abri Sondougne)
Enfouis dans les falaises boisées du Périgord, les abris Brouillaud et Sondougne livrent les traces silencieuses de deux humanités : Néandertal et Homo sapiens y ont successivement gravé leur passage depuis plus de 70 000 ans.
Histoire
Niché dans la vallée verdoyante qui borde la commune de La Gonterie-Boulouneix, au cœur de la Dordogne, le gisement de Tabaterie constitue l'un des témoignages les plus éloquents de la longue occupation humaine du Périgord. Regroupant deux abris sous roche distincts — l'abri Brouillaud et l'abri Sondougne — ce site archéologique classé Monument historique depuis 1909 plonge le visiteur averti dans un vertige temporel que peu de lieux peuvent offrir. Ce qui rend le gisement de Tabaterie véritablement singulier, c'est la superposition stratigraphique exceptionnelle de ses couches archéologiques, qui témoigne d'une fréquentation humaine continue couvrant à la fois le Paléolithique moyen, associé aux populations néandertaliennes, et le Paléolithique supérieur, correspondant à l'arrivée et à l'épanouissement d'Homo sapiens en Europe occidentale. Chaque niveau de sédiment est une page de cette immense bibliothèque minérale, révélant des outils taillés, des ossements fauniques et des vestiges de foyers qui reconstituent, fragment par fragment, le quotidien de nos ancêtres lointains. L'abri Brouillaud, le plus grand des deux, présente une voûte rocheuse généreuse formée dans le calcaire crétacé typique du Périgord Noir et Vert, offrant un espace abrité suffisamment vaste pour accueillir des groupes de chasseurs-cueilleurs lors de leurs déplacements saisonniers. L'abri Sondougne, plus modeste dans ses dimensions, recèle quant à lui des dépôts sédimentaires d'une richesse comparable, suggérant une utilisation complémentaire, peut-être davantage tournée vers le traitement du gibier ou le stockage de ressources. La visite du site, qui s'inscrit dans un environnement naturel encore préservé, est une expérience à la fois contemplative et intellectuelle. Les falaises calcaires, tapissées de mousse et de fougères, forment un écrin sauvage qui n'a guère dû changer depuis que les premiers hommes y cherchaient refuge. Les passionnés de préhistoire apprécieront la proximité de la Vézère et de ses célèbres gisements, qui permet d'inscrire Tabaterie dans un réseau préhistorique d'une densité unique au monde. Classé Monuments historiques dès les premières années du XXe siècle, ce gisement appartient à ce patrimoine invisible mais fondamental qui ancre la Dordogne comme berceau indiscutable de la préhistoire européenne. Loin des foules qui se pressent à Lascaux ou aux Eyzies, Tabaterie offre un face-à-face intime et presque recueilli avec les premières heures de l'humanité.
Architecture
Les abris Brouillaud et Sondougne appartiennent à la catégorie des abris sous roche, formations géologiques caractéristiques du calcaire cénomanien et coniacien du Périgord. Ces surplombs naturels résultent de l'érosion différentielle des bancs calcaires par les eaux météoriques et les cours d'eau, qui creusent préférentiellement les couches les plus tendres pour former des renfoncements horizontaux dans la falaise. La morphologie de ces abris — toits bas et plats, parois verticales, sol légèrement incliné vers l'extérieur — est typique des refuges utilisés par les populations paléolithiques dans toute la région périgordine. L'abri Brouillaud présente une ouverture orientée de manière à maximiser l'ensoleillement et à se protéger des vents dominants du nord, configuration récurrente dans les sites d'habitat paléolithique du Périgord. La roche encaissante, d'un beige doré caractéristique, forme une voûte naturelle dont la stabilité a permis l'accumulation de plusieurs mètres de sédiments archéologiques, chaque couche correspondant à un épisode d'occupation distinct. L'abri Sondougne, géologiquement similaire, présente une superficie légèrement moindre mais une stratigraphie comparable en richesse. Le sol des deux abris recèle les dépôts archéologiques constitués d'un mélange de limons, de cendres, de charbons de bois, d'esquilles osseuses et d'éclats de taille lithique. Ces sédiments, analysés selon les méthodes modernes de la géoarchéologie, permettent de reconstituer non seulement la chronologie des occupations, mais aussi les conditions climatiques et environnementales qui prévalaient lors de chaque phase d'habitat.


