Gisement de plein air néolithique du Collet Redon
Sur les hauteurs de Martigues, le Collet Redon dévoile les vestiges d'un habitat néolithique à ciel ouvert, rare témoignage des premières sociétés agropastorales qui peuplèrent la Provence il y a plus de 5 000 ans.
Histoire
Niché sur un plateau calcaire dominant les étangs et la mer autour de Martigues, le gisement de plein air néolithique du Collet Redon constitue l'un des sites archéologiques les plus significatifs du littoral provençal. À la différence des grottes ornées ou des dolmens qui concentrent souvent l'attention du grand public, ce gisement offre une fenêtre rare sur la vie quotidienne des populations néolithiques : ici, ce n'est pas la mort ou le sacré qui s'expose, mais l'ordinaire fascinant d'une communauté humaine installée durablement dans le paysage méditerranéen. Le site se distingue par la densité et la qualité de son mobilier archéologique de surface et de subsurface : éclats de silex taillés, nucleus, grattoirs, lames retouchées, tessons de céramique à décors incisés caractéristiques du Néolithique moyen et final provençal. Ces vestiges témoignent d'activités de taille de la pierre, de fabrication céramique et vraisemblablement de pratiques agropastorales sur des terrasses dominant les zones humides riches en ressources. L'expérience de visite au Collet Redon est avant tout sensorielle et contemplative. Le visiteur évolue sur un territoire où le paysage n'a que superficiellement changé depuis le Néolithique : le calcaire affleurant, la garrigue odorante, la lumière rasante du soir révélant les microreliefs du sol constituent un cadre propice à l'imagination. On perçoit ici pourquoi ces populations choisissaient ces hauteurs : la visibilité panoramique sur les étangs de Berre et de Caronte, les voies naturelles de circulation, la proximité des ressources en eau et en gibier. Protégé au titre des Monuments Historiques depuis 1989, ce gisement s'inscrit dans un réseau dense de sites préhistoriques qui fait de la région de Martigues l'un des territoires les mieux documentés pour comprendre la néolithisation de la Provence occidentale. Pour l'archéologue amateur comme pour le curieux cultivé, il représente un contact direct et authentique avec l'aube de nos civilisations.
Architecture
Le Collet Redon est un gisement de plein air, c'est-à-dire un site archéologique dépourvu de structures bâties monumentales conservées en élévation. L'habitat néolithique de plein air en Provence se caractérise typiquement par des structures légères — fonds de cabanes creusés dans le sol, trous de poteau en bois, foyers aménagés en cuvette — dont seules les traces en négatif subsistent dans la stratigraphie. Les matériaux employés étaient organiques (bois, branchages, peaux) ou locaux (calcaire brut non taillé pour délimiter des espaces), ce qui explique leur disparition quasi totale en surface. La topographie du site joue le rôle que l'architecture jouera plus tard dans d'autres civilisations : le plateau calcaire lui-même, ses lignes de crête, ses affleurements rocheux constituent les « murs naturels » de cet habitat dispersé. L'organisation spatiale probable du gisement, telle qu'on peut la reconstituer par analogie avec d'autres sites chasséens du Midi (comme celui de Baume de Ronze ou de Claparouse), suggère une disposition de petites unités domestiques autour d'espaces collectifs de travail et de stockage. Le mobilier archéologique constitue le véritable « patrimoine architectural » du site : les outils en silex (lames, grattoirs, faucilles), les meules en grès pour la mouture des céréales, les céramiques à pâte grossière pour le stockage et les vases fins pour la consommation forment l'équivalent fonctionnel d'un bâtiment, révélant l'organisation économique et sociale d'une communauté adaptée au milieu méditerranéen calcaire.


