
Gare
Chef-d'œuvre Beaux-Arts signé Victor Laloux, la gare de Tours (1896) déploie une façade monumentale ornée de statues allégoriques et de céramiques Sarreguemines, avant-goût du futur musée d'Orsay.

© Wikimedia Commons / Wikipedia
Histoire
Inaugurée en 1896, la gare de Tours s'impose comme l'une des plus belles gares de province françaises, synthèse accomplie de l'architecture ferroviaire de la Belle Époque. Son architecte, Victor Laloux, enfant du pays tourangeau, lui a conféré une façade d'une magnificence rare, comparable aux grandes institutions publiques de son époque plutôt qu'à un simple équipement de transport. Le visiteur qui arrive place du Général-Leclerc est saisi par l'ampleur et la cohérence de cette composition, véritable introduction architecturale à la douceur angevine et tourangelle. Ce qui distingue résolument la gare de Tours, c'est la richesse de son programme décoratif. La façade est animée par quatre statues monumentales personnifiant les grandes villes desservies par le réseau de la Compagnie du Paris-Orléans — Bordeaux, Toulouse, Limoges et Nantes — œuvres de sculpteurs académiques de premier rang. Entre pierre taillée et céramique émaillée, les panneaux de faïence de Sarreguemines illustrent des paysages touristiques du réseau, offrant un voyage dans le voyage avant même d'embarquer. L'intérieur réserve lui aussi de belles surprises : les deux halles métalliques, larges chacune de 31 mètres, baignent les quais d'une lumière diffuse que filtrent les verrières. L'alliance du métal et de la pierre, de la prouesse technique et du décor classique, traduit toute l'ambition d'une époque qui voyait dans le chemin de fer le symbole du progrès triomphant. Aujourd'hui classée monument historique depuis 1984, la gare demeure un nœud ferroviaire actif et un symbole d'identité pour les Tourangeaux. La traverser, même en coup de vent, c'est s'offrir un intermède architectural que peu de voyageurs savent véritablement prendre le temps de savourer.
Architecture
La gare de Tours s'inscrit pleinement dans le style Beaux-Arts, courant académique dominant dans l'architecture publique française de la fin du XIXe siècle. La façade principale, entièrement conçue par Victor Laloux, adopte une composition tripartite symétrique avec un avant-corps central traité en pavillon monumental, couronné d'un dôme et d'une horloge, flanqué de deux ailes rythmées par des arcades en plein cintre et des pilastres corinthiens. La pierre de taille, travaillée avec soin, confère à l'ensemble une noblesse propre aux grands édifices institutionnels. Le décor sculpté est omniprésent et constitue le véritable manifeste artistique du bâtiment. Quatre statues colossales — Bordeaux, Toulouse, Limoges et Nantes — dominent la façade et personnifient le territoire desservi par la Compagnie du Paris-Orléans. Entre ces figures allégoriques, des panneaux de céramique émaillée aux couleurs vives, fabriqués à Sarreguemines, représentent des vues pittoresques des régions traversées, mêlant art industriel et décor architectural dans un esprit proche des arts décoratifs naissants. Derrière cette façade de prestige s'articulent deux grandes halles métalliques, chacune d'une portée de 31 mètres, conçues par les ingénieurs de la Compagnie du Paris-Orléans et construites par l'entreprise Moisant Laurent et Savey. Leur charpente métallique, typique du génie civil de la Belle Époque, s'élève sur des piliers en fonte et s'ouvre sur de larges verrières qui diffusent la lumière naturelle sur les quais. L'articulation entre la solennité de la façade en pierre et la légèreté technique des halles métalliques illustre parfaitement le dualisme esthétique de l'architecture ferroviaire française de cette période.


