Gare de Bordeaux-Bastide ou ancienne gare d'Orléans
Joyau néo-classique de la rive droite bordelaise, la gare de la Bastide (1851-1853) est l'une des plus anciennes gares de France, avec ses colonnes doriques et ses ailes en U monumentales dominant la Garonne.
Histoire
Dressée face au pont de Pierre, sur la rive droite de la Garonne, la gare de Bordeaux-Bastide – anciennement gare d'Orléans – s'impose comme un jalon exceptionnel de l'architecture ferroviaire française du XIXe siècle. Loin des grandes verrières métalliques qui triompheront quelques décennies plus tard, elle emprunte résolument la grammaire classique chère à Bordeaux : pilastres doriques, arcs en plein cintre, corniches saillantes et frontons sculptés composent une façade dont l'élégance sobre semble davantage appartenir à un palais de justice qu'à une station de chemin de fer. Ce qui rend ce monument véritablement unique, c'est son plan en U, figure canonique de la gare « tête de ligne » à l'ancienne, où les voyageurs pénétraient depuis la ville pour se retrouver encadrés de deux ailes immenses de vingt-sept travées chacune, formant une vaste cour d'honneur ouverte sur les voies. Deux pavillons carrés aux angles répondent à un corps central à sept travées, couronné de deux colonnes doriques cannelées et d'un attique orné de statues féminines alanguies de part et d'autre d'un écusson – programme décoratif qui traduit l'ambition symbolique des compagnies ferroviaires de l'époque, soucieuses d'incarner le progrès dans la pierre. L'intérieur réserve également ses surprises. Les salles d'attente de l'aile nord ont conservé un décor d'origine remarquablement intact : plafonds moulurés, lambris soigneusement ouvragés et poêles en fonte à l'élégance discrète témoignent du soin apporté au confort des voyageurs victoriens. À l'extrémité ouest du site subsiste de surcroît le petit bâtiment des douanes, rappel tangible d'une époque où le franchissement du fleuve impliquait encore des formalités administratives. La visite se déploie idéalement depuis le pont de Pierre, qui offre une perspective inégalée sur la façade fluviale de la gare. Photographes et amateurs d'architecture trouveront dans le jeu des reflets de la Garonne au coucher du soleil une mise en scène naturelle et saisissante. Pour qui cherche à sortir des sentiers battus de la rive gauche, la gare de la Bastide constitue l'un de ces monuments discrets que Bordeaux réserve aux curieux les plus attentifs.
Architecture
La gare de la Bastide est un édifice représentatif du néo-classicisme bordelais, courant architectural qui prolonge au milieu du XIXe siècle les grandes traditions de Louis et Combes tout en les adaptant aux nouvelles exigences des programmes ferroviaires. Son plan en U, rigoureusement symétrique, articule un corps central de sept travées et deux ailes perpendiculaires de vingt-sept travées chacune, reliées au bâtiment principal par deux massifs pavillons carrés à chaînes d'angle. L'ensemble forme une cour ouverte à l'est, vers les anciennes voies, selon la logique fonctionnelle de la gare tête de ligne. La façade occidentale, tournée vers la ville, concentre l'essentiel de l'ornement. Pilastres doriques, ouvertures en plein cintre aux arcs moulurés et claveaux en fort relief, impostes saillantes : le vocabulaire est sobre mais appliqué avec une régularité presque musicale sur toute la longueur des ailes. Au centre du corps principal, deux colonnes doriques cannelées portent un entablement complet surmonté d'un attique cintré, couronnement théâtral où deux figures féminines monumentales encadrent un écusson armorié – allégories du Commerce et du Voyage selon la rhétorique iconographique en usage dans les bâtiments civils du Second Empire. Les matériaux utilisés sont caractéristiques de la construction girondine : la pierre de taille calcaire locale, typique des grandes réalisations bordelaises, confère à l'édifice cette teinte blonde légèrement ocre qui dialogue harmonieusement avec le paysage de la Garonne. À l'intérieur, les salles d'attente nord conservent un décor complet d'époque – plafonds à caissons moulurés, lambris de hauteur et poêles en fonte ornementés –, ensemble rarissime qui fait de ces pièces un document vivant sur le confort bourgeois du voyage ferroviaire sous le Second Empire.


