Témoins majestueux de l'industrie bretonne du XIXe siècle, les sept fours à chaux de Lormandière dressent leurs silhouettes de pierre et de brique sur un site calcicole d'exception, entre archéologie industrielle et nature sauvage.
Au cœur du bassin rennais, à Chartres-de-Bretagne, les fours à chaux de Lormandière et de la Chaussairie constituent l'un des ensembles industriels les mieux préservés de Bretagne. Ces sept imposantes structures maçonnées, érigées en deux campagnes distinctes dans la seconde moitié du XIXe siècle, racontent avec une éloquence rare l'essor de l'industrie extractive et chimique qui transforma profondément le paysage rural d'Ille-et-Vilaine. Ce qui distingue ce site de bien d'autres vestiges industriels, c'est la cohérence remarquable de son ensemble : les fours eux-mêmes, massifs et trapus, coexistent avec de nombreuses dépendances — ateliers, hangars, locaux de stockage — et une cheminée de brique soigneusement restaurée en 1997, qui s'élance encore fièrement vers le ciel. Ensemble, ils composent un tableau saisissant où la pierre calcaire locale dialogue avec la brique rouge industrielle. La visite offre une plongée authentique dans l'univers des ouvriers chaufourniers du XIXe siècle. On imagine sans peine la chaleur intense dégagée par les fours en activité, le ballet des wagonnets acheminant le calcaire depuis la carrière voisine, le vacarme des treuils électriques. Aujourd'hui silencieux, les fours conservent une présence presque minérale, imposante et émouvante à la fois. Le cadre naturel enrichit considérablement l'expérience : la carrière désaffectée, désormais inondée, forme un lac de carrière aux eaux limpides d'un vert profond, véritable joyau écologique. Tout autour, la flore calcicole — rare en Bretagne — a reconquis les terrils et les friches, faisant du site un conservatoire botanique autant qu'un monument historique. Le Conseil général d'Ille-et-Vilaine, propriétaire depuis 1988, en a fait un espace protégé alliant patrimoine industriel et biodiversité.
Les fours à chaux de Lormandière et de la Chaussairie appartiennent au type des fours à cuve à tirage continu, caractéristiques de la grande industrie chaufournière de la seconde moitié du XIXe siècle. Chaque four se présente comme une massive structure tronconique ou cylindrique, construite en moellons de calcaire local et partiellement renforcée de brique, dont la hauteur pouvait atteindre une dizaine de mètres. La partie inférieure, percée d'ouvertures permettant l'extraction de la chaux cuite et l'alimentation en air, repose sur des soubassements épais destinés à absorber les contraintes thermiques considérables générées par la cuisson. L'ensemble du site reflète la logique d'organisation d'une usine intégrée de l'ère industrielle : les fours sont entourés de dépendances fonctionnelles — ateliers de maintenance, magasins de stockage, locaux administratifs — qui forment un véritable village industriel. Les voies de wagonnets, dont certains vestiges sont encore visibles, témoignent de la sophistication logistique du site, qui utilisait dès la fin du XIXe siècle la traction électrique pour acheminer le calcaire depuis la carrière. La cheminée de brique, restaurée en 1997, constitue l'élément le plus spectaculaire du site : élanct et parfaitement appareillée, elle incarne à elle seule l'esthétique industrielle de l'époque victorienne transposée en Bretagne. L'implantation du complexe, au bord de la carrière aujourd'hui inondée, obéissait à une logique économique implacable : minimiser les distances de transport entre l'extraction et la cuisson. Ce choix d'implantation, dicté par la géologie locale, est également à l'origine de la richesse écologique actuelle du site, la roche calcaire affleurante ayant favorisé le développement d'une flore thermophile et calcicole particulièrement rare sous les latitudes bretonnes.
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