Aux portes de Rennes, la chapelle du château de Fontenay dévoile mille ans d'architecture bretonne : fenêtre rayonnante du XIVe siècle, maçonnerie pré-romane et vestiges d'une seigneurie médiévale parmi les plus puissantes du pays rennais.
Au cœur de la commune de Chartres-de-Bretagne, à quelques lieues de Rennes, le château de Fontenay est l'un de ces lieux où le temps a laissé ses empreintes superposées sans jamais effacer les plus anciennes. De la grande seigneurie médiévale qui dominait autrefois le pays rennais, il ne subsiste aujourd'hui qu'un ensemble fragmentaire mais d'une rare densité historique : la chapelle castrale, une partie des communs et un segment des douves qui ceignaient jadis l'ensemble fortifié. Ce qui pourrait sembler une ruine se révèle en réalité un document architectural exceptionnel, lisible comme un livre de pierre pour qui prend le temps d'en déchiffrer les strates. Ce qui rend Fontenay véritablement singulier, c'est la coexistence en un seul édifice de trois grandes époques de l'architecture religieuse occidentale. La chapelle cumule une maçonnerie antérieure au XIIe siècle à sa base nord — probablement héritée d'un sanctuaire carolingien ou proto-roman —, une fenêtre rayonnante du XIVe siècle d'une remarquable élégance gothique sur son pignon est, et des ouvertures cintrées de la fin de la Renaissance sur ses façades nord et sud. Rares sont les chapelles castrales à offrir un tel panorama stylistique sur une si petite surface. L'expérience de visite est intimiste et méditative. Sans les foules qui envahissent les grandes forteresses brettonnes, Fontenay invite à une déambulation attentive : lire les assises de pierre, comparer les fenêtres d'époques différentes, imaginer les tours disparues et le jeu de paume qui animait la cour seigneuriale. Le visiteur passionné de patrimoine trouvera ici une matière à réflexion inépuisable. Le cadre environnant, dans la plaine de la Vilaine, conserve une douceur champêtre que la périurbanisation rennaise n'a pas encore totalement absorbée. Les douves partiellement conservées rappellent que ce château était conçu comme une place forte, dominant les voies de communication qui irriguaient le pays de Rennes au Moyen Âge. Un monument discret, inscrit aux Monuments Historiques depuis 1975, et qui mérite bien mieux que l'oubli dans lequel il est parfois tenu.
La chapelle du château de Fontenay constitue à elle seule un abrégé de l'histoire architecturale médiévale et renaissante. L'édifice, à nef unique terminée par un chevet droit — plan simple caractéristique des chapelles castrales bretonnes —, offre une façade à lire comme un palimpseste de pierre. La base du mur nord présente des assises d'appareil particulièrement ancien, antérieures au XIIe siècle selon les spécialistes, qui pourraient appartenir à un oratoire des premiers temps féodaux voire carolingiens. Plus haut sur ce même mur nord, quatre fenêtres cintrées aux proportions généreuses témoignent de l'intervention de la fin de la Renaissance ou du tout début du XVIIe siècle. Le pignon est concentre l'élément le plus remarquable de l'ensemble : une grande fenêtre rayonnante du XIVe siècle, dont le tympan est animé par un meneau central et trois quintefeuilles — motif floral à cinq lobes — d'une belle facture gothique. Cette composition rappelle les fenêtres que l'on trouve dans les chapelles seigneuriales bretonnes de la même époque, et atteste de l'aisance financière des seigneurs de Fontenay au temps de leur splendeur. La face sud complète le tableau avec une porte en arc brisé d'héritage médiéval et quatre grandes fenêtres cintrées de la fin de la Renaissance, apportant lumière et rythme à cette élévation. À l'intérieur, les mêmes contrastes stylistiques se retrouvent dans le traitement des murs et des ouvertures, invitant à une lecture archéologique attentive. Autour de la chapelle, les vestiges des douves et les bâtiments de servitude partiellement conservés permettent encore d'imaginer l'ampleur du domaine médiéval disparu.
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