
Fontaine dite fontaine Saint-Cellerin
Au pied du donjon de Montrichard, la fontaine Saint-Cellerin mêle pierre sculptée et eau vive depuis le XVIe siècle, gardant les armoiries de Jacques de Beaune-Semblançay, puissant argentier de François Ier.

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Histoire
Nichée au creux du rocher qui supporte l'imposant donjon de Montrichard, la fontaine Saint-Cellerin est l'une de ces œuvres discrètes que l'on découvre presque par hasard, au détour d'une ruelle du vieux bourg de la vallée du Cher. Adossée à un mur de pierre taillée, elle conjugue l'utile et le décoratif avec l'élégance sobre que le début de la Renaissance française savait imprimer à ses ouvrages civils les plus modestes. Ce qui distingue immédiatement la fontaine, c'est sa forme pyramidale coiffant le bassin de réception des eaux : une silhouette architecturale rare pour ce type d'édifice hydraulique en Loir-et-Cher. La pyramide de pierre, austère mais bien proportionnée, surmontée d'un motif sculpté, confère à l'ensemble une présence presque monumentale que les fontaines de village ne possèdent ordinairement pas. À droite, un bas-relief porte fièrement l'écusson de Jacques de Beaune-Semblançay, rappelant à qui sait lire la pierre que cet ouvrage fut voulu par l'un des hommes les plus puissants du royaume de France. La source qui alimente la fontaine jaillit directement du rocher tutélaire sur lequel s'élève le donjon médiéval : l'eau descend ainsi du cœur même de la forteresse pour irriguer la cité basse, symbole vivant du lien entre pouvoir seigneurial et vie quotidienne des habitants. Cette continuité géologique entre le monument militaire et l'ouvrage civil est une curiosité géographique précieuse. La visite de la fontaine Saint-Cellerin s'intègre naturellement dans un parcours à pied dans Montrichard, entre donjon, caves troglodytiques et rives du Cher. Le visiteur qui s'arrête quelques instants devant le bas-relief héraldique sera récompensé par une plongée dans l'histoire tourmentée d'une grande famille de financiers royaux, dont la chute tragique reste l'un des épisodes les plus dramatiques du règne de François Ier.
Architecture
La fontaine Saint-Cellerin s'organise autour d'un dispositif pyramidal en pierre de taille, élément central et distinctif de la composition. Cette pyramide, dont la silhouette évoque davantage un ouvrage d'architecture savante qu'une simple borne-fontaine, couvre et protège le bassin intérieur dans lequel se déverse l'eau de source. Le sommet de la pyramide est couronné d'un motif sculpté — vraisemblablement une boule ou un fleuron — qui accentue l'aspect monumental de l'ensemble malgré les dimensions modestes de l'ouvrage. L'édifice s'adosse à un mur de maçonnerie en pierre locale, probablement du tuffeau ou du calcaire du Cher, matériau de prédilection des constructions ligériennes de la Renaissance. Sur la partie droite de ce mur prend place le bas-relief héraldique portant l'écusson de Jacques de Beaune-Semblançay : ce panneau sculpté, d'une facture soignée, constitue l'élément décoratif majeur de la fontaine et son principal intérêt iconographique. Le traitement des armoiries, dans le style des ateliers tourangeaux du début du XVIe siècle, révèle la main d'un artisan compétent, habitué aux commandes de l'aristocratie et de la haute finance royale. La source qui alimente le bassin émerge directement du rocher calcaire sur lequel repose le donjon de Montrichard, conférant à la fontaine une dimension géologique originale : l'eau filtre à travers le massif rocheux et ressurgit naturellement à ce niveau, sans nécessiter de conduite artificielle complexe. Le bassin de réception, taillé dans la pierre, présente un profil sobre adapté à un usage collectif quotidien. L'ensemble, malgré les remaniements des XVIIe et XIXe siècles, conserve une cohérence formelle qui le rattache sans ambiguïté à la tradition des fontaines civiles de la Loire à la Renaissance.


