Fontaine dite du Pélican
Au cœur de Pélissanne, la fontaine du Pélican déploie sa silhouette baroque en pierre de taille, coiffée de son oiseau emblématique aux ailes déployées — joyau classé de l'art fontainier provençal.
Histoire
Nichée dans le tissu villageois de Pélissanne, bourgade de la plaine de la Crau aux portes des Alpilles, la fontaine dite du Pélican s'impose comme l'un des témoignages les plus attachants de l'art monumental provençal. Loin des grandes fontaines urbaines d'Aix ou d'Avignon, elle incarne cette tradition des fontaines de village qui jalonnent la Provence comme autant de points d'eau sacrés, à la croisée du quotidien et du symbole. Ce qui distingue immédiatement la fontaine du Pélican, c'est bien sûr son couronnement : un pélican sculpté, figure chargée d'une symbolique christologique puissante — l'oiseau qui, selon la légende, se déchire la poitrine pour nourrir ses petits de son propre sang. Ce motif, récurrent dans l'iconographie médiévale et baroque, trouve ici une expression sculptée d'une rare délicatesse, transformant un simple point d'eau en manifeste de piété communautaire. L'expérience de visite est intimiste et apaisante. La fontaine s'intègre à la place ou à la rue qui l'accueille avec une évidence toute provençale, le murmure de l'eau créant cette atmosphère caractéristique des centres anciens de la région. Le visiteur prend le temps d'observer les détails ciselés dans le calcaire clair, cette pierre dorée qui boit la lumière du Midi avec une générosité particulière aux heures chaudes de la journée. Pélissanne elle-même mérite l'attention : village perché entre Salon-de-Provence et les Alpilles, elle conserve un centre ancien de qualité, dont la fontaine du Pélican est l'un des ornements les plus précieux. La classification en Monument Historique dès 1942 témoigne de la valeur reconnue très tôt par les autorités patrimoniales, à une époque où la protection du petit patrimoine hydraulique n'allait pourtant pas de soi.
Architecture
La fontaine du Pélican appartient à la grande tradition des fontaines monumentales provençales en calcaire de taille, ce matériau local dont la teinte chaude, entre l'ivoire et l'ocre doré, s'harmonise si naturellement avec la lumière méditerranéenne. Sa composition suit le schéma classique des fontaines villageoises de la région : un fût ou un pilier central portant la décoration sculptée, un ou plusieurs bassins en pierre destinés à recueillir l'eau, et un couronnement figuratif qui constitue la signature de l'ensemble. L'élément architectural le plus remarquable est sans conteste le pélican sculpté qui surmonte la fontaine, ailes déployées dans un geste à la fois protecteur et symbolique. La facture de cette sculpture témoigne du savoir-faire des tailleurs de pierre provençaux, capables de travailler le calcaire local avec une précision et une sensibilité remarquables. Le traitement du plumage, la dynamique des ailes, l'attitude de l'oiseau reflètent une maîtrise de la sculpture décorative caractéristique de la production artisanale baroque de la région. Le bassin, creusé dans un monolithe ou assemblé en dalles de pierre appareillée, présente les profils moulurés typiques de l'époque classique : tores, gorges et filets se succèdent pour animer les arêtes et capturer les jeux d'ombre propres à la forte lumière provençale. L'ensemble, sobre dans sa volumétrie mais généreux dans son décor sculpté, illustre parfaitement l'équilibre entre fonctionnalité et esthétique qui caractérise le meilleur de l'art fontainier de l'Ancien Régime.


