Au bord d'un chemin breton, la fontaine de Gorvello déploie son élégance Renaissance : colonnades dégagées, corniche à denticules et frontons à ailerons, un trésor sculpté du XVIe siècle en pleine campagne morbihannaise.
Au détour d'une route paisible de la commune de Sulniac, dans le Morbihan, la fontaine de Gorvello surgit comme une apparition inattendue : un petit monument d'une grâce architecturale rare, perdu au milieu des landes et bocages bretons. Inscrite aux Monuments Historiques depuis 1946, elle témoigne d'un goût prononcé pour l'ornement Renaissance qui, à la fin du XVIe siècle, s'était propagé jusque dans les campagnes armoricaines les plus reculées. Ce qui distingue immédiatement Gorvello des fontaines votives ordinaires de Bretagne, c'est sa sophistication structurelle. Là où la tradition locale se contente d'un simple auvent en kersanton ou d'une niche creusée dans le granit, la fontaine de Gorvello déploie un véritable petit portique à colonnes, organisé avec une rigueur presque savante. Le jeu entre les colonnes engagées et les colonnes isolées crée une profondeur visuelle surprenante pour un édifice aussi modeste, donnant l'illusion d'un espace intérieur et d'une façade à plusieurs plans. La dalle monolithe couronnant l'ensemble, traitée en corniche avec ses denticules soigneusement rythmés, évoque les traités d'architecture qui circulaient alors dans les ateliers des maîtres d'œuvre bretons. Les frontons à silhouette d'ailerons — ces volutes caractéristiques du maniérisme — et les cabochons ornant les angles complètent un programme décoratif d'une ambition réelle, qui contraste avec l'humilité fonctionnelle d'une fontaine de bord de route. Visiter la fontaine de Gorvello, c'est s'offrir une halte hors du temps. L'endroit invite à la contemplation silencieuse, loin des foules. L'eau qui affleure encore au pied de la structure, la mousse gagnant doucement le granit, le murmure discret de la campagne environnante : tout concourt à faire de cette visite une expérience intime, presque médiévale dans son atmosphère, malgré l'esthétique clairement renaissante de l'édifice.
La fontaine de Gorvello présente une composition architecturale d'une originalité certaine pour un édifice de cette nature et de cette taille. Son organisation repose sur un système de colonnes à deux niveaux de profondeur : un piédroit ou dosseret central, flanqué de deux colonnes engagées, devant lequel se dressent deux colonnes isolées en avant-corps. Ce dispositif crée une façade à triple plan qui évoque, à échelle réduite, les portiques savants de l'architecture cléricale et nobiliaire de la Renaissance française. L'ensemble est couronné par une dalle monolithe — taillée dans un seul bloc de granit breton — dont les bords sont sculptés en corniche à denticules, motif hérité directement du répertoire antique transmis par les traités d'architecture italiens. Le sommet de la dalle accueille des frontons dont la silhouette en ailerons ou rinceaux renvoie au vocabulaire maniériste en vogue dans la seconde moitié du XVIe siècle. Des cabochons ornent les angles, apportant une note décorative supplémentaire à un ensemble déjà remarquablement travaillé. Le matériau employé est le granit local, caractéristique des constructions morbihannaises, qui confère à la fontaine sa teinte gris-bleu et sa robustesse exceptionnelle. Malgré les contraintes inhérentes à ce matériau — difficilement modelable au ciseau comparé au calcaire tourangeau ou au tuffeau — les tailleurs de pierre ont su y inscrire un programme ornemental d'une finesse réelle, témoignant d'un savoir-faire artisanal breton de premier ordre à la fin de la période Renaissance.
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