Ferme
Au cœur de la Beauce, cette ferme du XVIIe siècle abrite un pigeonnier dodécagonal exceptionnel : 1 850 boulins en brique, charpente d'époque et lanterneau octogonal, un chef-d'œuvre de l'architecture rurale classique.
Histoire
Nichée dans le bocage beauceron d'Ollé, dans l'Eure-et-Loir, cette ferme du XVIIe siècle est bien plus qu'un témoignage de l'agriculture traditionnelle : elle recèle l'un des pigeonniers les mieux conservés de la région Centre-Val de Loire, classé à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques depuis 1971. Placé au cœur de l'ensemble bâti, légèrement à l'ouest du logis seigneurial, le pigeonnier s'impose immédiatement comme la pièce maîtresse de la propriété. Ce qui rend ce monument véritablement singulier, c'est la dualité géométrique de sa conception : dodécagonal à l'extérieur — douze pans lui conférant une élégance quasi sculpturale dans le paysage plat de la Beauce — il révèle une forme parfaitement circulaire à l'intérieur. Cette prouesse technique n'est pas anodine : elle permet une répartition optimale des boulins sur tout le pourtour, maximisant la capacité d'accueil des volatiles tout en assurant la solidité de la structure. L'intérieur déploie un spectacle saisissant : 1 850 alvéoles en brique, organisées sur 26 rangs horizontaux et 70 colonnes verticales, tapissent la paroi du sol jusqu'à la naissance du lanterneau. La teinte chaude de la brique, les jeux d'ombre dans les alvéoles et le pilier central de la charpente créent une atmosphère presque mystique, à mi-chemin entre la ruche et la cathédrale. La visite de ce site invite à une réflexion sur le statut social dans la France d'Ancien Régime : le pigeonnier n'était pas un simple bâtiment utilitaire, il était un privilège seigneurial jalousement gardé, symbole visible de la puissance foncière. Ici, la taille de l'édifice et la sophistication de sa construction témoignent sans ambiguïté de la prospérité et du rang de ses commanditaires. Le cadre beauceron achève de faire de cette ferme un lieu à part : les étendues céréalières, les ciels immenses et la lumière rasante du soir donnent au pigeonnier une silhouette presque irréelle, que les photographes et les amateurs de patrimoine rural sauront apprécier à sa juste valeur.
Architecture
Le pigeonnier de la ferme d'Ollé est un édifice du XVIIe siècle d'une sophistication architecturale surprenante pour un bâtiment utilitaire. Sa singularité première réside dans sa géométrie paradoxale : l'enveloppe extérieure présente douze pans réguliers — une forme dodécagonale rare dans le corpus des pigeonniers français, qui privilégient habituellement le carré, le rond ou l'octogone — tandis que la paroi intérieure est parfaitement cylindrique. Cet écart entre l'extérieur et l'intérieur est comblé par l'épaisseur variable de la maçonnerie, ce qui exige une maîtrise technique remarquable de la part des bâtisseurs. La brique constitue le matériau exclusif de l'édifice : murs, boulins, encadrements, tout est en brique cuite, dans une unité chromatique chaude et cohérente. Les 1 850 boulins — niches destinées à accueillir les couples de pigeons — sont disposés avec une régularité méticuleuse sur 26 rangs horizontaux et 70 colonnes verticales, couvrant l'intégralité de la paroi intérieure circulaire du bas jusqu'au couronnement. Cette densité place le pigeonnier d'Ollé parmi les plus capacitaires de la région. La charpente, intégralement d'époque, couronne l'ensemble avec un soin égal. Un pilier central fixe assure le soutien de l'enrayure et du poinçon, solution structurelle classique pour les couvertures coniques des pigeonniers ronds. L'édifice est coiffé d'un lanterneau à base carrée et toiture octogonale, cet élément de transition entre les géométries — carré, octogone, dodécagone, cercle — résumant à lui seul la sophistication formelle de l'ensemble.


