Joyau rural breton du XVIIIe siècle, la ferme de Lisquily étonne par la finesse de ses décors sculptés — frontons cintrés, baies ornées — dignes des plus belles demeures bourgeoises de l'époque.
Nichée au cœur de la Bretagne intérieure, à Mûr-de-Bretagne, la ferme de Lisquily constitue l'un des témoignages les plus accomplis de l'architecture rurale bretonne du XVIIIe siècle. Loin des constructions modestes auxquelles on pourrait s'attendre pour une exploitation agricole, elle révèle une ambition architecturale et décorative rarement atteinte dans ce contexte, témoignant de la prospérité et du goût de son commanditaire. Ce qui rend Lisquily véritablement singulière, c'est la qualité exceptionnelle de son décor sculpté. La porte et la fenêtre de la salle principale affichent un travail de taille de pierre d'une finesse remarquable, tandis que les deux lucarnes à fronton cintré qui couronnent la façade lui confèrent une élégance toute classique, davantage associée aux demeures de notables qu'aux fermes de campagne. Les bouches d'aération elles-mêmes ont été soignées sur leur face extérieure, témoignant d'une attention portée au moindre détail architectural. La ferme s'apprécie comme un ensemble cohérent et complet : le corps de logis principal, daté de 1722, s'accompagne de dépendances ajoutées au fil des décennies (1754 et 1765), formant une cour caractéristique de la ferme bretonne traditionnelle. L'ensemble est demeuré remarquablement intact, offrant au visiteur l'image presque inaltérée d'un domaine rural du siècle des Lumières. Le cadre naturel du Centre Bretagne, entre landes et bocages, amplifie le charme de la découverte. Mûr-de-Bretagne, bordée par le lac de Guerlédan, offre un territoire de grande beauté où l'architecture témoigne d'échanges culturels entre les cantons bretons voisins, notamment avec le Morbihan tout proche. Pour l'amateur de patrimoine rural ou l'amoureux de Bretagne, Lisquily représente une halte incontournable, discrète mais pleinement révélatrice du génie bâtisseur des artisans bretons du XVIIIe siècle.
La ferme de Lisquily repose sur un plan rectangulaire simple, caractéristique de l'architecture rurale bretonne, mais enrichi d'une organisation interne dite à « fonctions multiples croisées » sur deux niveaux. Au rez-de-chaussée cohabitent une salle d'habitation — dotée d'une porte et d'une fenêtre richement moulurées — et une étable pourvue d'une porte à linteau sobre et d'un jour d'aération. L'étage accueille une chambre et un grenier, selon un schéma de verticalité pratique et économe en emprise au sol, adapté au relief et au climat du Centre Bretagne. La façade est le véritable manifeste architectural de l'édifice. Deux lucarnes coiffées de frontons cintrés lui confèrent un rythme élégant et une verticalité affirmée, tandis que les encadrements des baies principales, taillés en pierre de taille, contrastent avec l'appareillage en moellons de schiste et de grès polychrome du reste de la construction. Cette alliance de matériaux locaux — aux teintes variées allant du gris ardoisé au brun ferrugineux — et de pierre de taille soignée pour les éléments nobles est caractéristique du savoir-faire breton du XVIIIe siècle. Les bouches d'aération ornées en façade, détail insolite pour un bâtiment agricole, illustrent la volonté de traiter l'ensemble de la façade comme une composition cohérente. La couverture, refaite en ardoise selon la tradition bretonne, assure une continuité visuelle avec les matériaux d'origine tout en garantissant la pérennité du bâti. Les dépendances de 1754 et 1765, construites dans le même esprit et les mêmes matériaux, prolongent harmonieusement le corps de logis principal et forment avec lui un ensemble homogène, rare exemple d'une ferme bretonne du XVIIIe siècle parvenus jusqu'à nous dans son intégralité.
Fermé
Vérifier les horaires en saison
Mûr-de-Bretagne
Bretagne