
Ferme de Cours
Ancienne métairie de la collégiale Saint-Martin, la Ferme de Cours dissimule une tour-porche Renaissance ornée d'un colombier à boulins, témoignage rare de l'architecture rurale tourangelle du XVIe siècle.

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Histoire
Nichée dans le paisible terroir de Sublaines, en Indre-et-Loire, la Ferme de Cours est l'un de ces monuments discrets qui recèlent une densité historique insoupçonnée. Inscrite aux Monuments Historiques depuis 1963, cette ancienne métairie conjugue les fonctions agricoles et seigneuriales propres aux grandes exploitations dépendant d'une institution ecclésiastique, en l'occurrence la prestigieuse collégiale Saint-Martin de Tours, l'une des plus importantes de Touraine. Ce qui distingue immédiatement la Ferme de Cours au sein du patrimoine rural régional, c'est sa tour carrée, véritable porte d'apparat qui servait autrefois de point d'entrée monumental à la métairie. Loin d'être un simple dispositif défensif, cette tour remplit une double fonction : elle marque le rang de la propriété et abrite à son étage supérieur un colombier soigneusement conservé, dont les boulins — ces petites niches creusées dans la maçonnerie pour accueillir les pigeons — sont toujours visibles aujourd'hui. À mi-hauteur, une corniche de pierre saillante courait tout autour de la tour, permettant aux pigeons de se poser avant de rejoindre leur logis : un dispositif à la fois fonctionnel et d'une élégance architecturale subtile. Visiter la Ferme de Cours, c'est plonger dans le quotidien d'une exploitation liée à l'Église de France à la Renaissance. On perçoit ici comment les chanoines de Saint-Martin géraient leurs terres, prélevaient leurs revenus en nature et affirmaient leur autorité par l'architecture. La tour-porche, avec son colombier, était un symbole fort : en droit féodal et seigneurial, le droit de colombier était un privilège exclusif de la noblesse et du clergé, interdit aux roturiers. Le cadre environnant, typique du bocage tourangeau, renforce le sentiment d'intemporalité qui se dégage du site. Les pierres blondes de tuffeau, caractéristiques de la région, composent un tableau lumineux que les photographes apprécieront particulièrement aux heures dorées. La Ferme de Cours est ainsi un fragment d'histoire vivante, modeste en apparence, mais d'une richesse patrimoniale qui justifie pleinement sa protection nationale.
Architecture
La Ferme de Cours est un exemple représentatif de l'architecture rurale ligérienne de la Renaissance tardive, conjuguant sobriété fonctionnelle et présence affirmée. L'ensemble s'articule autour de la tour carrée qui constitue la pièce maîtresse du dispositif : servant de porte d'accès monumentale à la cour de la métairie, elle s'élève sur plusieurs niveaux et illustre parfaitement la capacité des bâtisseurs de la seconde moitié du XVIe siècle à intégrer des ambitions architecturales dans des édifices à vocation agricole. Les matériaux employés sont caractéristiques de la Touraine : le tuffeau, cette pierre calcaire tendre et lumineuse extraite des carrières du Val de Loire, apporte à l'ensemble sa teinte blond clair si reconnaissable. L'élément le plus remarquable demeure le colombier aménagé à l'étage supérieur de la tour. Ses boulins — les alvéoles creusées en rangées régulières dans l'épaisseur des murs pour accueillir les couples de pigeons — sont parvenus jusqu'à nous dans un état de conservation exceptionnel. À mi-hauteur de la tour court une corniche de pierre en saillie, dispositif technique ingénieux qui permettait aux pigeons de se poser avant d'accéder aux ouvertures du colombier, tout en constituant un frein aux prédateurs tentant d'escalader la maçonnerie. Cette corniche témoigne d'un savoir-faire constructif élaboré, entre utilitaire et ornemental. L'architecture de la ferme dans son ensemble reflète les codes de la métairie seigneuriale : des corps de logis bas et fonctionnels organisés autour d'une cour fermée, dominés par la verticalité affirmée de la tour-porche. Cette hiérarchie verticale n'est pas anodine : elle matérialise dans la pierre la puissance et l'autorité de l'institution propriétaire, la collégiale Saint-Martin, sur ses terres et ses fermiers.


