Château de Fauga
Aux confins de la Dordogne, le château de Fauga cache sous ses pierres du XVIIIe siècle un passé huguenot tumultueux : souterrains de fuite, assemblées clandestines et une tour à dôme de pierre unique en son genre.
Histoire
Niché sur les coteaux verdoyants qui surplombent la vallée de la Dordogne, à Port-Sainte-Foy-et-Ponchapt, le château de Fauga est l'un de ces domaines discrets dont la façade sobre dissimule une histoire intense et singulière. Inscrit aux Monuments Historiques en 1989, il incarne à lui seul les contradictions d'une région longtemps partagée entre fidélités catholiques et résistances protestantes, entre ordre classique et nécessités clandestines. Ce qui distingue immédiatement Fauga des nombreux manoirs périgourdins de la même époque, c'est la coexistence de deux temporalités architecturales en un seul corps de bâtiment. D'un côté, l'élégance maîtrisée du XVIIIe siècle — ailes symétriques, proportions mesurées — ; de l'autre, un petit bâtiment plus ancien qui prolonge l'aile droite et rappelle que ce site était occupé bien avant la grande reconstruction du siècle des Lumières. La tour circulaire coiffée d'un rare dôme de pierre, à l'ouest, constitue la signature visuelle du lieu : sobre, presque austère, mais d'une présence architecturale inoubliable. L'intérieur réserve également des surprises. L'aile gauche conserve une cuisine avec cheminée de style Louis XIV, témoignage touchant d'un art de vivre bourgeois ancré dans la tradition. L'aile droite, ancienne vacherie reconvertie, rappelle que Fauga fut avant tout un domaine agricole vivant, tourné vers l'exploitation des terres périgordines. Ces espaces, dans leur diversité de fonctions, racontent mieux qu'un livre la vie quotidienne d'une famille de notables protestants sous l'Ancien Régime. Le visiteur attentif cherchera naturellement la trace du souterrain qui reliait autrefois la demeure aux coteaux de La Rouquette. Ce passage secret, conçu pour permettre aux fidèles huguenots de se disperser en cas de raid, confère au château une atmosphère à part — celle d'un lieu où l'histoire n'est pas seulement visible dans la pierre, mais littéralement enfouie sous les pas. Fauga n'est pas un château-spectacle : c'est un château-témoin, qui parle à ceux qui savent écouter.
Architecture
Le château de Fauga adopte un plan classique en corps central flanqué de deux ailes, disposition typique de l'architecture seigneuriale et bourgeoise française du XVIIIe siècle. L'ensemble s'inscrit dans la tradition régionale périgourdine, privilégiant la pierre locale de taille et une sobriété ornementale caractéristique des maisons protestantes, où l'ostentation décorative était volontiers tempérée par une éthique de la mesure. L'élément architectural le plus remarquable est sans conteste la tour circulaire implantée à l'ouest du bâtiment. Coiffée d'un dôme de pierre — matériau rare pour cet usage, qui suppose une maîtrise technique certaine de la part des tailleurs de pierre locaux — elle abrite un escalier desservant le premier étage. Cette tour constitue un trait d'union entre le bâtiment principal et les parties les plus anciennes du domaine, marquant visuellement la stratification chronologique du site. L'aile droite, ancienne vacherie, se prolonge par un petit bâtiment dont les proportions et les techniques constructives trahissent une antériorité par rapport au corps principal, vestige probable d'une occupation médiévale ou du début de l'époque moderne. À l'intérieur, la cuisine de l'aile gauche conserve une cheminée de style Louis XIV — imposant manteau mouluré aux lignes rectilignes — témoignage d'un intérieur soigné. Le souterrain, dont l'entrée devait se trouver dans les parties basses du bâtiment ou dans les dépendances, constitue un élément architectural exceptionnel à vocation défensive et cultuelle, directement lié au contexte confessionnel du domaine.


