Ensemble appelé la Cour des Tourelles
Au cœur d'Angers, la Cour des Tourelles révèle un rare îlot médiéval intégrant un ancien mont-de-piété du XVIIe siècle, témoignage précieux de l'architecture civile angevine entre gothique flamboyant et rigueur classique.
Histoire
Nichée dans le tissu urbain dense du vieux Angers, la Cour des Tourelles constitue l'un de ces ensembles architecturaux discrets que seuls les promeneurs attentifs savent déceler. Loin des sentiers balisés menant au château des ducs d'Anjou, cet îlot réunit en un même espace deux époques fondatrices de l'histoire de la ville : le XVe siècle gothique tardif et le XVIIe siècle classique naissant, formant un dialogue architectural d'une cohérence surprenante. Ce qui rend la Cour des Tourelles véritablement singulière, c'est la présence d'un mont-de-piété, institution charitable et financière qui illustre à merveille la vie économique et sociale de l'Anjou préindustriel. Ces établissements, nés de l'initiative des franciscains italiens au XVe siècle et répandus en France dès le XVIe siècle, offraient aux artisans et aux petits commerçants la possibilité de gager leurs biens en échange d'une avance monétaire à faible intérêt. Le bâtiment angevin témoigne de la vitalité de cette mission sociale dans une ville qui fut longtemps l'une des capitales de l'ouest de la France. L'ensemble forme une cour intérieure qui donne à l'îlot son caractère propre : une enclave de calme et de pierre au sein du bouillonnement urbain. Les tourelles qui lui confèrent son nom évoquent irrésistiblement l'architecture défensive et résidentielle des seigneurs angevins, rappelant que ce quartier fut longtemps l'un des plus actifs de la cité. Pour le visiteur averti, parcourir cet espace, c'est traverser plusieurs strates de l'histoire sociale française en quelques pas. La lumière de l'Anjou — douce, légèrement voilée sous les ciels atlantiques — baigne la pierre de tuffeau caractéristique de la région, lui conférant à toute heure du jour une teinte chaude et lumineuse. Photographes et passionnés d'architecture civile trouveront ici un terrain d'exploration particulièrement fertile, loin des foules qui se pressent vers les grands monuments de la Loire.
Architecture
L'architecture de la Cour des Tourelles reflète la superposition de deux grandes périodes de construction qui, loin de se contrarier, composent un ensemble d'une cohérence remarquable. Les parties médiévales du XVe siècle s'inscrivent dans la tradition du gothique flamboyant angevin, avec ses maçonneries en tuffeau — ce calcaire tendre et clair si caractéristique du Val de Loire — taillées avec soin pour former des encadrements de baies finement moulurés. Les tourelles d'angle qui ont donné son nom à l'ensemble sont construites en encorbellement ou sur plan circulaire, selon une formule typique de l'architecture civile de la fin du Moyen Âge, à mi-chemin entre la fonction défensive résiduelle et l'ostentation symbolique du rang social. Le corps de bâtiment du XVIIe siècle, lié à l'installation du mont-de-piété, adopte un parti plus sobre et fonctionnel, conforme à l'esthétique classique qui s'impose progressivement dans les constructions institutionnelles françaises sous les règnes de Henri IV et Louis XIII. Les élévations se caractérisent par une régularité des percements, des chaînages d'angle en pierre de taille et des toitures à forte pente couverte d'ardoise, matériau omniprésent dans l'architecture angevine. Des espaces intérieurs vastes et lumineux, nécessaires à la réception du public et au stockage des gages, ont été aménagés en rez-de-chaussée. La cour intérieure constitue l'élément fédérateur de l'ensemble : elle articule les différents corps de bâtiment et crée un espace de circulation et de représentation qui rappelle les cours des hôtels particuliers contemporains. La pierre de tuffeau, omniprésente, confère à l'ensemble une unité chromatique chaleureuse malgré la diversité des époques et des fonctions représentées.
Personnages liés
Carte
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