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Eglise Saint-Vivien

Église

À Saint-Vivien-de-Médoc, cette église pluriséculaire mêle abside romane rescapée du XIIe siècle et clocher brutaliste en béton orné de claustra, témoignage audacieux d'une reconstruction d'après-guerre signée Joseph Rivière.

Histoire

Au cœur du Médoc, cette terre de vignes et d'estuaires que l'on associe volontiers aux grands crus plutôt qu'aux pierres saintes, l'église Saint-Vivien offre une surprise architecturale rare : celle d'un édifice qui traverse les siècles sans renier aucun d'eux. Ici, le roman médiéval côtoie le néogothique du XIXe siècle et le modernisme résolu des années 1950, dans une cohabitation qui, loin d'être discordante, raconte l'âme même d'une communauté rurale traversée par l'histoire. Ce qui rend Saint-Vivien véritablement unique, c'est l'improbable dialogue entre son abside romane — patiemment déposée pierre à pierre puis remontée lors des grands travaux de 1880 — et son clocher de béton armé, érigé entre 1955 et 1957. Cette tour carrée percée de claustra géométriques, résolument contemporaine de son époque, affirme sans complexe l'architecture de reconstruction d'après-guerre tout en s'inscrivant dans la silhouette du village avec une étonnante sobriété. Trois sculptures de Joseph Rivière, artiste bordelais de renom, ornent sa base et confèrent à l'ensemble une dimension artistique que l'on ne soupçonne pas depuis la route. L'intérieur réserve lui aussi ses étonnements. La nef élargie par deux bas-côtés au milieu du XIXe siècle confère à l'édifice une ampleur inattendue pour une bourgade médocaine. Le lambris du plafond et la voûte du chœur, refaits dans les années 1960 après les destructions des bombardements, témoignent d'un soin tout particulier apporté à la restauration, dans un esprit qui cherchait à retrouver la dignité du lieu plutôt qu'à le muséifier. Pour le visiteur, l'expérience de Saint-Vivien se savoure à l'extérieur comme à l'intérieur. Le clocher, objet architectural à part entière, mérite qu'on en fasse le tour pour en saisir les jeux d'ombre et de lumière filtrés par les claustra en béton, caractéristiques du style religieux de la reconstruction en France. À l'intérieur, l'œil glisse naturellement vers l'abside romane, dont la courbe apaisante contraste avec la rectitude moderniste du reste. Un monument classé depuis 1862, qui a su traverser bombardements, restaurations et audaces stylistiques pour demeurer le cœur vivant d'un village du bout de la presqu'île.

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