Eglise Saint-Pierre
Deux églises en une : à Moulins-sur-Céphons, Saint-Pierre et Saint-Blaise forment un ensemble médiéval unique, rehaussé de fresques du XVIe siècle et d'un portail roman aux chapiteaux d'inspiration normande.
Histoire
Au cœur du Berry profond, dans le paisible village de Moulins-sur-Céphons, l'église Saint-Pierre réserve à qui s'y arrête une surprise architecturale rare : ce n'est pas un seul édifice, mais deux nefs accolées, construites à des siècles d'intervalle, qui coexistent sous un même toit depuis le XIXe siècle. Ce double vaisseau, mi-roman mi-gothique, offre une lecture à ciel ouvert des grandes heures de l'art sacré médiéval en Indre. Ce qui distingue fondamentalement ce monument de tant d'autres églises rurales, c'est précisément cette dualité organique. La chapelle Saint-Blaise, la plus ancienne, conserve une atmosphère de spiritualité presque intacte, avec ses fresques d'une fraîcheur étonnante représentant saint Christophe vêtu à la mode du règne de François Ier, et le double martyre de saint Sébastien figuré à deux moments distincts — une curiosité iconographique rarissime. La nef Saint-Pierre, édifiée en 1347, apporte quant à elle une légèreté gothique qui contraste avec la robustesse romane de sa voisine. La visite se déroule comme une enquête architecturale : l'œil voyage de la sobre arcature du petit portail roman, aux chapiteaux à cônes renversés d'influence normande, jusqu'aux grandes baies percées au XIXe siècle pour unifier les deux espaces. On perçoit à chaque pas les strates du temps, les reprises du XIVe siècle dans les voûtes, les enduits qui laissent apparaître çà et là la polychromie médiévale. Le cadre bucolique de Moulins-sur-Céphons, village discret de la Champagne berrichonne, amplifie le charme de la découverte. Loin des foules, cet édifice inscrit aux Monuments Historiques depuis 1927 appartient à ces trésors confidentiels que l'on partage à mi-voix, comme un secret bien gardé du patrimoine français.
Architecture
L'église Saint-Pierre de Moulins-sur-Céphons présente un plan inhabituel résultant de l'accolement de deux nefs parallèles orientées est-ouest. La nef nord, plus ancienne, correspond à la chapelle Saint-Blaise : édifiée au début du XIIe siècle, elle développait à l'origine cinq travées voûtées en berceau plein cintre, terminées par un chœur légèrement resserré selon l'usage roman. La première travée a seule conservé sa voûte d'origine ; les autres ont été reprises au XIVe siècle, donnant à l'espace intérieur une lecture stratigraphique lisible à l'œil exercé. La nef sud, gothique, construite en 1347, adopte des élévations plus élancées et des ouvertures plus larges, contrastant avec la robustesse massive du volume roman voisin. Les deux ensembles sont reliés depuis 1868 par deux grandes arcades percées dans le mur gouttereau commun. L'élément extérieur le plus remarquable demeure le petit portail de la chapelle Saint-Blaise, composé d'une arcature à gros boudin torique reposant sur deux colonnettes dont les chapiteaux à six cônes renversés constituent une singularité stylistique. Cette formule, absente du répertoire sculpté berrichon habituel, évoque des influences normandes ou poitevines qui témoignent de la circulation des artisans au XIIe siècle. À l'intérieur, les fresques murales constituent le point d'orgue de la visite : réalisées au XVe et au XVIe siècle à fresque sèche ou à la détrempe, elles couvrent plusieurs parois et révèlent une palette de tons ocre, rouge et bleu encore lisibles. Le bas-relief roman de la Vierge, au-dessus de la porte de la chapelle, sculpté dans un calcaire local, témoigne d'un art roman berrichon d'une grande sobriété expressive.


