Eglise Saint-Maxenceul à Cunault
Dressée au cœur du val de Loire, l'église Saint-Maxenceul de Cunault déploie une nef romane d'une ampleur saisissante, couronnée de chapiteaux sculptés parmi les plus beaux d'Anjou.
Histoire
Au bord de la Loire, dans le village de Cunault rattaché à la commune de Chênehutte-Trèves-Cunault, l'église Saint-Maxenceul s'impose comme l'un des joyaux de l'art roman angevin. Son gabarit monumental détonne dans ce bourg discret du Maine-et-Loire : la nef, à collatéraux, s'étire sur plus de soixante mètres, rivalisant avec bien des cathédrales de province. Cette démesure n'est pas le fruit du hasard mais celui d'une ambition religieuse portée par les moines de Saint-Philibert de Noirmoutier, puis de Tournus, qui firent de Cunault un prieuré de première importance. Ce qui rend Saint-Maxenceul vraiment unique, c'est la profusion et la qualité de ses chapiteaux historiés. On en compte plus de deux cents, sculptés entre le XIe et le XIIIe siècle, qui constituent un véritable musée lapidaire à ciel couvert : entrelacs végétaux, scènes bibliques, figures fantastiques et portraits de saints se succèdent le long des colonnes dans une symphonie de pierre tuffeau. La lumière dorée qui filtre par les fenêtres hautes nimbe ces sculptures d'une clarté particulièrement favorable à l'observation. La visite de l'édifice est une expérience à plusieurs niveaux. L'amateur d'histoire de l'art scrutera les variations stylistiques entre les chapiteaux les plus anciens, encore marqués par une certaine raideur carolingienne, et les plus tardifs, d'une souplesse presque gothique. Le simple promeneur sera saisi par l'atmosphère recueillie de la nef, dont la hauteur et la blancheur du tuffeau créent une impression de sérénité presque physique. Une châsse reliquaire gothique du XIIIe siècle, conservée dans le chœur, complète le parcours. Le cadre extérieur amplifie encore le plaisir de la visite. L'église domine un coteau planté de vieux arbres, avec, en contrebas, les méandres de la Loire et ses îles boisées. Le clocher-porche roman, à la silhouette trapue et austère, marque l'entrée du monument comme un sas entre le monde contemporain et le Moyen Âge. Classée monument historique depuis 1946, Saint-Maxenceul bénéficie d'un entretien soigné et reste l'une des étapes incontournables du val d'Anjou.
Architecture
Saint-Maxenceul illustre avec éclat le roman angevin dans sa phase de maturité. L'édifice adopte un plan en croix latine à trois nefs, avec un transept peu saillant et une abside principale flanquée de deux absidioles. La longueur totale avoisine les soixante-cinq mètres, ce qui est remarquable pour un prieuré rural. Les murs sont bâtis en tuffeau, calcaire tendre de couleur crème caractéristique du val de Loire, dont la facilité de taille a permis aux sculpteurs médiévaux une profusion ornementale rarement égalée en Anjou. À l'extérieur, le clocher-porche carré qui précède la façade occidentale offre une silhouette austère et massive, typique des avant-corps romans du XIe siècle. Les contreforts plats et les modillons sculptés qui courent sous les corniches de la nef témoignent du soin apporté à la composition des élévations. Le chevet, avec ses arcatures lombardes et son abside en cul-de-four, constitue l'un des ensembles extérieurs les plus harmonieux de la région. L'intérieur est dominé par la forêt de colonnes supportant les voûtes en berceau de la nef centrale. Les deux cent vingt chapiteaux sculptés, répartis sur les colonnes et les pilastres, constituent le trésor principal de l'édifice : on y reconnaît des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament, des entrelacs de feuillages d'acanthe et de palmettes, ainsi que des créatures hybrides et des figures de démons hérités du bestiaire roman. La châsse de saint Maxenceul, chef-d'œuvre d'orfèvrerie gothique du XIIIe siècle, est conservée dans le chœur et constitue l'unique mobilier d'importance subsistant.


