Eglise Saint-Martin
Au cœur du Berry, l'église Saint-Martin de Touchay dévoile un gothique flamboyant intact : voûtes en ogive du XVe siècle, chapelle seigneuriale des La Châtre et fragments de vitraux Renaissance d'une rare délicatesse.
Histoire
Nichée dans le paisible village de Touchay, au sud du Cher, l'église Saint-Martin est l'une de ces petites églises rurales du Berry qui recèlent, derrière une façade modeste, une richesse architecturale et historique insoupçonnée. Inscrite aux Monuments Historiques dès 1926, elle témoigne avec sobriété de l'art religieux de la fin du Moyen Âge en province, loin des grandes cathédrales mais animé des mêmes ambitions spirituelles et esthétiques. Ce qui distingue immédiatement Saint-Martin, c'est la coexistence harmonieuse de plusieurs campagnes de construction successives : une nef charpentée aux poutres apparentes qui respire l'austérité médiévale, un chœur gothique dont les nervures s'épanouissent en élégantes ogives, et deux chapelles latérales aux caractères bien distincts. La chapelle nord, voûtée en ogive comme le chœur, dialogue en symétrie avec la chapelle sud, aux proportions plus généreuses et à la voûte en berceau plein cintre — signature d'une transition vers les formes de la Renaissance. Cette chapelle sud est la pièce maîtresse de l'édifice. Élevée au XVIe siècle par les seigneurs de La Châtre, grande famille berrichonne dont l'influence marqua profondément la région, elle conserve dans sa fenêtre de chevet quelques panneaux de vitraux d'époque, précieux fragments colorés où se devinent encore les teintes chaudes du verre soufflé Renaissance. Rares dans une église de cette taille, ces vestiges vitrés font de Saint-Martin un monument bien plus précieux qu'il n'y paraît. La visite de l'église, courte mais dense, offre un voyage dans le temps particulièrement bien rythmé. On passe de l'ombre recueillie de la nef à la lumière filtrée du chœur, puis à l'intimité presque sépulcrale de la chapelle seigneuriale. Le contraste entre les différentes voûtes — charpente, ogives, berceau — constitue à lui seul une leçon d'architecture médiévale et renaissante en miniature. Le cadre environnant renforce le charme de cette halte : Touchay, bourg tranquille du Boischaut Sud, est entouré de bocages et d'étangs caractéristiques du Berry profond. L'église, qui domine légèrement le bourg depuis son petit cimetière, se prête à la photographie en fin d'après-midi, lorsque la lumière rasante révèle la texture des pierres et réchauffe les tons du clocher de charpente du XIXe siècle.
Architecture
L'église Saint-Martin de Touchay présente un plan longitudinal simple, caractéristique des édifices paroissiaux ruraux du Berry médiéval : une nef unique précédée d'une façade à clocher, un chœur à chevet carré, et deux chapelles latérales greffées sur les flancs nord et sud du chœur. L'ensemble, de dimensions modestes, est construit en pierre calcaire locale, matériau dominant du Boischaut berrichon, qui confère aux murs leur teinte blonde dorée et leur aspect homogène malgré les différentes campagnes de construction. La nef, couverte d'une charpente en bois apparente, offre un volume recueilli et lumineux. Le chœur, légèrement surélevé, est voûté en ogive sur nervures moulurées — la solution la plus répandue dans l'architecture gothique flamboyant du Centre de la France à la fin du XVe siècle. Les clés de voûte et les culots portant les départs de nervures constituent les éléments sculptés les plus soignés de l'édifice. La chapelle nord reprend le même vocabulaire gothique avec une grande cohérence, formant avec le chœur une unité stylistique remarquable. La chapelle sud, fondation seigneuriale du XVIe siècle, se distingue nettement par sa voûte en berceau plein cintre, qui traduit l'influence renaissante dans l'appareillage des formes. Sa fenêtre de chevet, dont les lancettes conservent des fragments de vitraux anciens aux tons profonds de rouge et de bleu, constitue le point focal de toute la visite. La façade occidentale, remaniée en 1860, est surmontée d'un clocher de charpente recouvert d'ardoise, dont la légèreté contraste agréablement avec la masse maçonnée du reste de l'édifice.


