Joyau roman breton du XIIe siècle, l'église Saint-Martin de Josselin conserve un plan bénédictin rarissime en Bretagne, avec ses absides en hémicycle et ses absidioles témoignant d'une architecture prieurale d'exception.
Nichée au cœur de Josselin, cité médiévale du Morbihan dominée par l'ombre tutélaire de son célèbre château, l'église Saint-Martin est l'un des témoignages les plus précieux de l'architecture romane en Bretagne. Fondée au début du XIIe siècle comme prieuré, elle déploie un plan liturgique d'une rare sophistication pour la région, fidèle aux canons bénédictins qui organisaient alors la vie monastique à travers toute l'Europe chrétienne. Ce qui frappe d'emblée le visiteur averti, c'est la cohérence et l'ambition du projet originel : une nef haute et large, un transept à croisillons, un chœur rayonnant articulé autour d'une abside en hémicycle flanquée de ses absidioles. Ce dispositif, caractéristique des grandes abbayes de l'Occident médiéval, confère à Saint-Martin une stature architecturale qui dépasse largement son échelle villageoise, en faisant un jalons fondamental de l'art roman breton. L'expérience de visite est celle d'un dialogue entre les siècles : les vestiges romans du XIIe siècle côtoient le chevet polygonal érigé à la charnière des XVIe et XVIIe siècles, tandis que la chapelle du XIXe siècle vient compléter un ensemble aux multiples strates historiques. Les cloisons de bois à porte vitrée qui obstruent abside et absidioles créent une atmosphère intime, presque mystérieuse, qui invite à la déambulation et à la contemplation. Le cadre environnant ajoute à la magie du lieu. Josselin, ses maisons à colombages, ses ruelles pavées et son château des Rohan qui se mire dans l'Oust composent un décor médiéval préservé, où l'église Saint-Martin s'inscrit comme une pièce essentielle du puzzle historique et architectural de la ville. Une visite couplée aux deux monuments s'impose comme une évidence pour tout amateur de patrimoine breton.
L'église Saint-Martin appartient au courant de l'architecture romane bretonne du premier quart du XIIe siècle, et sa singularité réside dans la fidélité remarquable avec laquelle elle reproduit le plan dit « bénédictin » : une nef haute et spacieuse ouvrant sur un transept à croisillons, un chœur terminé par une abside en hémicycle flanquée de deux absidioles, auxquelles s'ajoutent deux autres absidioles ouvrant sur les bras du transept. Ce dispositif à cinq absides, typique des grandes abbayes réformées d'Europe occidentale, est d'une rareté insigne en Bretagne, où il constitue un hapax architectural. Les matériaux employés sont ceux de la construction romane bretonne : le granite local, robuste et sobre, façonne les murs épais et les arcs en plein cintre caractéristiques du style. Le chevet polygonal ajouté à la fin du XVIe ou au début du XVIIe siècle tranche par ses formes gothiques tardives — fenêtres à remplages et pans coupés — avec la rigueur austère des volumes romans. La chapelle édifiée au XIXe siècle sur l'emplacement de l'ancienne nef adopte quant à elle un style éclectique, cherchant à s'harmoniser avec les vestiges médiévaux sans pour autant les imiter servilement. À l'intérieur, l'atmosphère est celle d'un espace stratifié, où les cloisons de bois à porte vitrée qui ferment abside et absidioles créent des enfilades visuelles suggestives, laissant deviner la profondeur et la complexité du plan originel. Ces partitions permettent néanmoins aux visiteurs de saisir la générosité volumétrique du chœur roman, dont la courbe hémicirculaire, solidement appareillée, demeure l'élément le plus éloquent de toute la composition architecturale.
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