Eglise Saint-Martin
Joyau roman du Entre-deux-Mers, l'église Saint-Martin de Haux éblouit par son portail sculpté aux cinq voussures d'une richesse iconographique exceptionnelle, rival discret des grands chantiers médiévaux du Bordelais.
Histoire
Nichée au cœur du vignoble de l'Entre-deux-Mers, dans ce pays de collines douces et de pierres blondes qui borde la Garonne, l'église Saint-Martin de Haux est l'une de ces merveilles discrètes que la Gironde réserve aux voyageurs curieux. Son portail roman, d'une richesse sculptée proprement stupéfiante, rivalise sans complexe avec les grandes créations de l'art saintongeais et périgourdin, s'imposant comme une œuvre majeure de la sculpture romane en Aquitaine. Ce qui rend Saint-Martin absolument unique, c'est la profusion narrative de ses cinq voussures concentriques. Chaque cordon est un monde en soi : les Rois Mages s'inclinent, les Saintes Femmes s'approchent du tombeau, les Vieillards de l'Apocalypse replient leurs jambes sous l'extrados dans une posture d'une expressivité saisissante, tandis que bêtes fantastiques et rinceaux végétaux tissent un bestiaire médiéval d'une fantaisie débridée. Au sommet, le Christ entre deux anges règne sur cette humanité de pierre avec une sérénité hiératique. Le programme iconographique, à la fois savant et populaire, témoigne d'un atelier de sculpteurs particulièrement accompli, actif dans la région au tournant des XIe et XIIe siècles. La visite réserve une autre surprise : dispersées sur la façade et les contreforts, des clés de voûte provenant de l'abbaye de la Sauve-Majeure — haut lieu de la spiritualité bordelaise inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO — ont été réemployées ici, témoins silencieux d'une histoire complexe de transferts et de réemplois qui fait de chaque pierre un fragment d'un récit plus large. À l'intérieur, la nef unique, austère et lumineuse, invite au recueillement. Le chevet, voûté en cul-de-four, baigne dans une lumière tamisée qui donne au lieu une atmosphère de sincère spiritualité. Le lambris du XIXe siècle dissimule la charpente médiévale originelle, mais l'ensemble reste d'une belle cohérence, enrichi au nord par un bas-côté ajouté en 1878. Le clocher-mur de la façade occidentale, ponctué d'un balcon sur corbeaux, donne à l'édifice sa silhouette caractéristique, immédiatement reconnaissable dans le paysage viticole environnant.
Architecture
L'église Saint-Martin de Haux relève du type de l'église rurale romane à nef unique, extrêmement répandu en Gironde et dans toute l'Aquitaine médiévale. Son plan simple — une nef prolongée par un chœur terminé en abside — n'a rien d'exceptionnel en lui-même ; c'est la façade occidentale qui concentre toute la virtuosité architecturale et sculpturale de l'édifice. Le clocher-mur, caractéristique de la tradition romane girondine et landaise, surmonte cette façade et lui confère sa silhouette distinctive. Un balcon porté par de puissants corbeaux de pierre court sous les baies du clocher, ajoutant une note presque défensive à l'ensemble. Le portail, encadré par deux arcatures partiellement masquées par les contreforts, est le joyau absolu de l'édifice. Ses cinq voussures en plein cintre retombent sur trois colonnettes aux chapiteaux historiés — Adoration des Mages, Saintes Femmes au tombeau — offrant un programme iconographique d'une cohérence théologique remarquable. De l'intérieur vers l'extérieur : rinceaux et animaux en méplat, personnages tirant une corde surmontés de bêtes fantastiques, les Vieillards de l'Apocalypse aux poses contorsionnées, puis personnages et tétramorphe, et enfin une ronde de personnages se tenant par la main. La qualité du ciseau, la profondeur du relief et la vivacité des compositions placent cet ensemble parmi les portails romans les plus remarquables de Gironde. À l'intérieur, le chevet est couvert d'une voûte en cul-de-four, forme canonique de l'abside romane, qui concentre la lumière sur l'espace liturgique principal. La nef, couverte d'un lambris depuis 1878, est flanquée au nord d'un bas-côté de la même époque. Les matériaux, typiques de la région, associent le calcaire blond du Bordelais, abondant et facile à tailler, aux techniques de construction en moyen appareil caractéristiques de l'art roman aquitain.


