
Eglise Saint-Gervais Saint-Protais
À Naveil, une église romane aux trésors Renaissance insoupçonnés : son chœur du XVIe siècle abrite un lambris peint exceptionnel ornant apôtres, arabesques et écussons armoriés soutenus par des anges.

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Histoire
Nichée dans le bourg de Naveil, aux portes de Vendôme, l'église Saint-Gervais-Saint-Protais est l'un de ces édifices de campagne qui réservent au visiteur attentif des surprises artistiques d'une qualité rare. Sa sobre silhouette extérieure, héritière d'une longue tradition rurale, dissimule un intérieur d'une richesse chromatique et iconographique remarquable, fruit de deux grandes campagnes de construction séparées de cinq siècles. Ce qui rend ce monument véritablement singulier, c'est l'état de conservation exceptionnel de son lambris peint du XVIe siècle, qui couvre intégralement le plafond du chœur. Rarissime en milieu rural, ce décor déploie de longues bandes d'arabesques Renaissance, rythmées par des couvre-joints, et une galerie de douze apôtres dont les silhouettes hiératiques et colorées évoquent les enluminures des livres d'heures de la Loire. Les entraits structurels participent eux-mêmes au programme ornemental : leurs extrémités s'ornent de gueules de monstres, tandis qu'à leur jonction avec les poinçons apparaissent des écussons armoriés tenus par des anges, véritables miniatures sculptées de bois polychrome. La visite de l'église offre une superposition de sensations temporelles : on entre dans la nef romane du XIe siècle, espace de pierre sobre et recueilli, pour déboucher sur le chœur du XVIe siècle, où l'intimité du lieu se trouve soudainement transfigurée par la profusion colorée des peintures. Le vitrail de chevet, dont les armoiries permettent de dater précisément la construction entre 1537 et 1548, baigne l'ensemble d'une lumière tamisée qui ravive les pigments anciens. Le cadre de Naveil, village discret du Loir-et-Cher, ajoute au charme de la découverte. À quelques kilomètres de Vendôme et de la vallée du Loir, l'église s'inscrit dans un terroir architectural riche, entre abbayes romanes et manoirs Renaissance. Loin des foules touristiques, elle offre à l'amateur de patrimoine une expérience d'authenticité rare, presque confidentielle, celle d'un chef-d'œuvre que le temps a épargné.
Architecture
L'église Saint-Gervais-Saint-Protais présente une architecture en deux temps nettement lisibles. La nef, édifiée au XIe siècle selon les canons de l'architecture romane, adopte un plan simple et allongé caractéristique des églises paroissiales rurales du Vendômois : maçonnerie de moellons de calcaire local, parois sobres percées de quelques baies étroites en plein cintre, et une charpente en bois couronnant l'ensemble. L'austérité de cet espace contraste délibérément avec la richesse ornementale du chœur. Le chœur, reconstruit au XVIe siècle, adopte un plan sensiblement carré, forme ramassée et concentrée qui favorise la perception globale du décor peint. Sa particularité architecturale majeure est son lambris peint, véritable chef-d'œuvre de menuiserie et de peinture Renaissance. Les entraits de la charpente, loin d'être de simples éléments techniques, sont entièrement intégrés au programme ornemental : leurs extrémités se terminent en gueules de monstres sculptées, motif d'inspiration médiévale réinterprété avec la fantaisie grotesque chère à la Renaissance, tandis que leurs intersections avec les poinçons sont marquées par des écussons armoriés encadrés d'anges sculptés. Les surfaces du lambris proprement dit sont recouvertes de bandes d'arabesques peintes — entrelacs végétaux, rinceaux et motifs géométriques empruntés au répertoire ornementaliste du XVIe siècle — scandées par les couvre-joints, entre lesquelles se déploient les douze figures des apôtres. Le vitrail de chevet, source héraldique précieuse, complète cet ensemble en diffusant une lumière colorée sur les peintures du lambris.


