Eglise Saint-Cyr et Sainte-Julitte
Au cœur du Périgord, l'église Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte d'Aubas mêle sobriété romane et délicatesse gothique, avec un portail à colonnettes sculptées et un clocher-mur d'une rare élégance campanaire.
Histoire
Nichée dans le paisible village d'Aubas, en Dordogne, l'église Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte est l'une de ces discrètes merveilles du Périgord que l'on découvre au détour d'un chemin et qui révèlent, à qui sait regarder, des siècles d'histoire gravés dans la pierre. Dédiée à deux martyrs des premiers temps chrétiens — le jeune Cyr et sa mère Julitte — elle incarne la continuité de la foi rurale dans une région où chaque village possède son édifice sacré comme un trésor transmis de génération en génération. Ce qui distingue immédiatement cet édifice, c'est la superposition de grammaires architecturales lisibles d'un seul regard : le mur goutterot nord conserve l'austérité du roman du XIIe siècle, tandis que la chapelle latérale sud témoigne de l'ambition gothique du XVe siècle. Cette coexistence n'est pas le fruit du hasard mais celui de l'histoire elle-même, qui a reconfiguré l'église au fil des besoins de la communauté et des moyens des bâtisseurs locaux. Le visiteur attentif sera tout particulièrement séduit par le portail occidental, dont les trois voussures en arcs brisés reposent sur de fines colonnettes à chapiteaux sculptés. Les masques qui ornent l'archivolte ajoutent une touche d'étrangeté médiévale, rappelant que l'art roman et le premier gothique aimaient mêler le sacré et le fantastique. Au-dessus, le clocher-mur à trois baies plein cintre dessine une silhouette élancée, caractéristique de l'architecture religieuse périgourdine. L'intérieur, modeste dans ses dimensions, n'en est pas moins riche d'enseignements. La nef barlongue, couverte d'un plafond moderne, et la chapelle latérale voûtée en berceau brisé composent un espace recueilli où le temps semble suspendu. Un confessionnal à deux places taillé dans la maçonnerie nord de la chapelle témoigne des usages liturgiques anciens et de l'inventivité pratique des artisans locaux. Pour les amateurs d'architecture médiévale, de patrimoine rural et de Périgord authentique, cette église inscrite aux Monuments Historiques offre une halte précieuse loin des foules touristiques. Elle se visite idéalement en combinaison avec les richesses architecturales et naturelles de la vallée de la Vézère, dont Aubas est un satellite discret mais attachant.
Architecture
L'église Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte présente un plan simple et éloquent : une nef barlongue — c'est-à-dire plus large que longue selon les canons des petites églises rurales périgourdines — prolongée par un chœur rectangulaire. Cette sobriété du plan reflète les besoins d'une communauté villageoise modeste, soucieuse d'efficacité liturgique davantage que de démonstration architecturale. La nef est aujourd'hui couverte d'un plafond moderne qui masque partiellement la hauteur d'origine de l'arc triomphal séparant la nef du chœur, altération regrettable mais fréquente dans les édifices ruraux du XIXe siècle. Le mur goutterot nord de la nef est le seul élément clairement roman conservé en élévation, caractérisé par l'appareillage soigné du calcaire local et l'absence de tout ornement superflu. À l'opposé, la chapelle latérale sud, ajoutée au XVe siècle, introduit le vocabulaire gothique avec sa voûte en berceau brisé et ses colonnes engagées aux angles, vestige d'un projet de voûtement d'ogives jamais abouti. Un confessionnal à deux places, creusé directement dans la maçonnerie du mur nord de cette chapelle, témoigne d'un usage fonctionnel de l'espace caractéristique du mobilier liturgique post-tridentin. La façade occidentale, remontée au début du XIXe siècle, est dominée par un clocher-mur à trois baies campanaires en plein cintre, silhouette emblématique des campaniles du Sud-Ouest. Le portail conservé est d'une belle facture médiévale : trois voussures en arcs brisés retombant sur des colonnettes à chapiteaux sculptés de motifs végétaux et figurés, avec des masques animant l'archivolte extérieure. Sur le chevet oriental, le clocheton posé en 1877 remplace un clocher-mur à rampants curvilignes, dont la forme originale, percée de deux baies, était caractéristique des édifices périgourdins des XVe et XVIe siècles.


