Eglise Saint-André
Lovée au cœur du Entre-deux-Mers, l'église Saint-André de Pellegrue dévoile une coupole sur trompes d'une rare élégance et un portail roman aux chapiteaux finement sculptés, témoins d'un art sacré médiéval encore vivace.
Histoire
Au cœur du vignoble de l'Entre-deux-Mers, dans la bastide de Pellegrue fondée au XIIIe siècle, l'église Saint-André s'impose comme l'un des témoignages les plus intacts de l'architecture religieuse médiévale du sud-Gironde. Inscrite aux Monuments Historiques depuis 1925, elle condense en un seul édifice plusieurs siècles de piété, de savoir-faire artisanal et de tensions entre fidélité aux formes romanes et audace gothique. Ce qui rend Saint-André vraiment singulière, c'est la coexistence d'un plan roman hérité du XIIe siècle — avec son abside flanquée de deux absidioles rayonnantes — et d'une élévation intérieure qui emprunte au gothique méridional sa sobriété lumineuse. La coupole octogonale qui coiffe le carré du transept, typique des voûtes sur trompes du Périgord voisin, crée en entrant un effet de verticalité soudaine et inattendu pour une nef de taille modeste. L'expérience de visite commence dès le seuil : la façade occidentale, sobre et puissante, est percée d'un portail dont les arcs brisés reposent sur des chapiteaux romans à entrelacs et motifs végétaux. Ce mélange de vocabulaire roman et de structure gothique naissante illustre parfaitement la période charnière du XIIIe siècle en Guyenne. À l'intérieur, la nef unique couverte d'un lambris peint invite à lever les yeux avant de les poser sur les absidioles, jalousement préservées dans leur état médiéval. Le cadre du village de Pellegrue, bastide anglaise entourée de collines couvertes de vignes AOC, amplifie le charme de la visite. La place centrale à couverts, distante de quelques pas, rappelle que l'église et la bastide ont grandi ensemble, formant un ensemble urbain cohérent et remarquablement conservé. Pour les amateurs de patrimoine roman et gothique, la région offre plusieurs édifices comparables — Castelmoron-d'Albret, Saint-Ferme — mais Pellegrue conserve une intimité et une authenticité rares.
Architecture
L'église Saint-André de Pellegrue adopte un plan en croix latine simplifié, caractéristique des édifices ruraux du gothique méridional : une nef unique, un transept peu saillant dont le carré est surmonté d'une coupole, un chœur terminé par une abside semi-circulaire flanquée de deux absidioles rayonnantes. Ce plan tréflé à l'est évoque les dispositions romanes des prieurés clunisiens, témoignant de l'influence durable de ce modèle en Guyenne bien après le XIIe siècle. Extérieurement, la façade occidentale frappe par sa sévérité et son équilibre. Le portail en plein-cintre brisé, au profil mouluré de deux ou trois rouleaux, retombe sur des chapiteaux romans à corbeilles sculptées de motifs végétaux et géométriques — l'un des rares éléments de décor plastique subsistants. Les contreforts plats qui épaulent les murs gouttereaux, ainsi que les modillons qui courent sous la corniche, témoignent d'une tradition constructive encore très proche de l'art roman saintongeais et périgourdin. À l'intérieur, la nef est recouverte d'un lambris de bois qui confère à l'espace une chaleur et une intimité inattendues. Le carré du transept est couvert d'une coupole sur trompes, système constructif hérité de l'architecture romane du Périgord et du Quercy, qui génère un espace central lumineux et légèrement surélevé. Les fenêtres, remaniées au XVe siècle, laissent entrer une lumière tamisée qui souligne la sobriété des parois. Les matériaux locaux — calcaire jaune du Périgord blanc — donnent à l'ensemble une unité chromatique chaleureuse, typique des paysages bâtis du Entre-deux-Mers.


