À Elven, l'église Saint-Alban cache sous ses dehors modernes un trésor Renaissance : des sablières sculptées d'une finesse époustouflante, peuplées d'anges frisés, de chimères et de portraits en costume du XVIe siècle.
Nichée au cœur d'Elven, bourg du Morbihan à quelques lieues de Vannes, l'église Saint-Alban est l'un de ces monuments qui réservent leurs plus belles surprises à ceux qui franchissent le seuil. Si sa façade sobre ne laisse rien présager d'exceptionnel, l'intérieur révèle un programme sculpté d'une richesse rare pour une église rurale bretonne du XVIe siècle. Ce qui rend Saint-Alban véritablement unique, ce sont ses sablières — ces pièces de charpente horizontales qui courent sous la toiture — entièrement ciselées dans le bois avec une maîtrise digne des grands ateliers de la Renaissance française. Deux registres superposés composent un véritable théâtre sculpté : en bas, des chimères grimaçantes soutiennent des écus vierges, tandis que des rinceaux végétaux entrelacent têtes humaines, guirlandes de feuillages et oiseaux ; en haut, des anges à la chevelure bouclée surgissent comme depuis un balcon fictif, tenant des boucliers, encadrés de personnages en costume Renaissance qui semblent s'avancer pour nous regarder. Cette galerie de portraits sculptés est d'une modernité troublante : ces visages expressifs, ces silhouettes mi-corps en habits du temps, évoquent davantage un tableau vivant ou un bas-relief de cour royale que la décoration attendue d'une chapelle morbihannaise. On y perçoit l'influence des courants artistiques qui irriguaient alors la France depuis l'Italie, adaptés par des artisans bretons d'une remarquable habileté. La visite, intimiste et recueillie, prend une dimension presque archéologique : chaque détail des sablières mérite qu'on s'y attarde, lorgnette levée, pour déchiffrer la fantaisie et le symbolisme d'un artisan anonyme du XVIe siècle. L'abside ancienne, seul vestige conservé de l'édifice médiéval originel, rappelle en creux la longue histoire du lieu.
L'église Saint-Alban présente un plan longitudinal simple, caractéristique des édifices paroissiaux bretons de taille modeste. Son architecture extérieure, largement remaniée aux XIXe et XXe siècles, revêt un aspect sobre et fonctionnel qui contraste saisissamment avec la richesse du décor intérieur. Seule l'abside, vestige de l'édifice médiéval antérieur, témoigne en façade de l'ancienneté du site. C'est à l'intérieur que réside l'essentiel de l'intérêt architectural et artistique du monument. Les sablières — poutres sablières de la charpente — constituent un ensemble sculpté sur bois d'une qualité exceptionnelle, organisé sur deux registres superposés séparés par une moulure. Le registre inférieur déploie un répertoire ornemental foisonnant : chimères héraldiques soutenant des écus, rinceaux peuplés de têtes humaines, guirlandes de feuillages et de fruits, oiseaux naturalistes — autant de motifs qui témoignent d'une connaissance directe des gravures et des modèles diffusés depuis la Loire et Fontainebleau. Le registre supérieur, plus narratif, présente une galerie de personnages à mi-corps vêtus en costume Renaissance : anges à la chevelure bouclée tenant des écus non armoriés, et figures humaines diverses, hommes et femmes, dans des attitudes variées qui rappellent les portraits peints de l'école de Clouet. Le style général relève d'une Renaissance bretonne, où la fantaisie ornementale gothique tardive se fond dans le vocabulaire décoratif importé d'Italie via les chantiers royaux français.
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