
Eglise Notre-Dame, puis Saint-Etienne de Romorantin
Née collégiale au XIIe siècle, l'église Saint-Étienne de Romorantin dévoile un chœur circulaire à déambulatoire unique en Sologne, témoin d'une histoire jalonnée de guerres et de reconstructions royales.

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Histoire
Au cœur de Romorantin-Lanthenay, ville dont François Ier rêva un temps de faire la capitale du royaume, l'église Saint-Étienne se dresse comme un palimpseste de pierre, feuilletant huit siècles d'architecture religieuse en Val de Loire. Ancienne collégiale fondée avant même que la ville ne connaisse sa splendeur renaissante, elle conjugue la sobriété romane des premières assises, l'élan gothique de ses chapelles rayonnantes et les retouches néoclassiques du XIXe siècle dans une synthèse étonnamment cohérente. Ce qui singularise immédiatement Saint-Étienne, c'est son chœur circulaire entouré d'un déambulatoire généreux, d'où rayonnent pas moins de six chapelles — quatre grandes et deux plus intimes nichées dans l'épaisseur du mur polygonal extérieur. Ce dispositif, rare en Sologne, rappelle les grandes collégiales ligériennes et trahit les ambitions d'un clergé local qui ne manquait ni de mécènes ni de prétentions architecturales. Le chœur, curieusement désaxé vers le sud, ajoute à l'édifice une légère asymétrie que les habitués de la liturgie médiévale reconnaîtront comme un clin d'œil symbolique à l'inclinaison de la tête du Christ sur la croix. L'expérience de visite oscille entre recueillement et émerveillement architectural. En parcourant le déambulatoire, on perçoit le passage des siècles dans la texture même des pierres : la blondeur tuffeau des travées médiévales contraste avec les reprises plus grises du XIXe siècle. Les chapelles latérales, bien que remaniées par les architectes Poupart et Chauvallon, conservent une atmosphère intime propice à la contemplation. Le cadre urbain de l'église participe pleinement à sa mise en valeur. Implantée dans le centre historique de Romorantin, elle bénéficie d'un environnement de maisons à pans de bois et de ruelles pavées qui prolonge le voyage dans le temps bien au-delà du parvis. La Sauldre toute proche invite à prolonger la promenade le long de ses berges, faisant de cette visite une immersion complète dans la Sologne médiévale et renaissante.
Architecture
L'église Saint-Étienne présente un plan caractéristique des grandes collégiales gothiques tardives, sensiblement complexifié par les adjonctions successives des XVIIe et XIXe siècles. L'élément le plus remarquable demeure le chœur circulaire à déambulatoire, dispositif qui appartient à la grande tradition des chevets rayonnants ligériens. Six chapelles s'ouvrent sur ce déambulatoire : quatre chapelles rayonnantes de plain-pied et deux chapelles plus modestes, ingénieusement logées à l'extérieur dans les angles d'un mur périmétral polygonal. Ce plan élaboré contraste avec la sobriété relative de la nef, ce qui traduit les différentes phases de financement et de construction. Fait notable : le chœur est sensiblement désaxé vers le sud par rapport à la nef, un décalage intentionnel d'origine médiévale chargé de symbolisme christologique. L'extérieur de l'édifice, partiellement remanié au XIXe siècle, associe différentes campagnes de construction lisibles dans la variété des appareils. La pierre de tuffeau, matériau de prédilection du val de Loire pour sa légèreté et sa facilité de taille, domine les parties médiévales, conférant à l'ensemble sa teinte chaude et lumineuse. Les interventions des architectes Poupart et Chauvallon se distinguent par leurs profils plus rigides et leurs modénatures néogothiques. À l'intérieur, le déambulatoire offre une circulation fluide autour du chœur, dont les voûtes nervurées témoignent du savoir-faire des maçons du début du XVIe siècle. Les chapelles, bien que largement remaniées dans leurs décors, conservent des proportions harmonieuses qui invitent à une déambulation méditative.


