
Eglise Notre-Dame
Joyau roman du Loir-et-Cher, l'église Notre-Dame de Françay séduit par ses chapiteaux à masques grimaçants du XIIe siècle et ses peintures murales médiévales récemment révélées, témoins d'une abbatiale millénaire.

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Histoire
Nichée dans le paisible village de Françay, aux confins du Vendômois, l'église Notre-Dame est l'un de ces édifices ruraux qui concentrent en eux plusieurs siècles d'histoire de France. Modeste en apparence, elle réserve à qui s'en approche une leçon d'architecture romane d'une remarquable cohérence, ponctuée d'ornements sculptés d'une vivacité étonnante. Inscrite aux Monuments Historiques en 2007, elle incarne la persistance du génie bâtisseur ligérien dans ses expressions les plus authentiques. Ce qui distingue Notre-Dame de Françay parmi les petites églises romanes du Loir-et-Cher, c'est avant tout la qualité de sa sculpture. Les chapiteaux qui surmontent les piliers à triple ressaut encadrant l'entrée principale sont ornés de feuillages stylisés et de masques grimaçants — ces têtes expressives, mi-humaines mi-démoniaques, propres à l'iconographie romane du XIIe siècle. Ils semblent tout à la fois garder le seuil sacré et raconter, en pierre, les peurs et croyances d'une époque. Le portail méridional, avec ses colonnettes à chapiteaux sculptés, ajoute une note de raffinement supplémentaire, magnifié par le porche du XVIe siècle qui lui confère une protection et une mise en scène inattendues. À l'intérieur, la visite réserve une surprise de taille : des peintures murales datant de la fin du Moyen Âge ont été mises au jour, restituant des scènes dont les couleurs, atténuées par les siècles, gardent une puissance évocatrice remarquable. Ces œuvres, longtemps dissimulées sous des badigeons, rappellent que l'église médiévale était avant tout un livre d'images destiné aux fidèles illettrés. Le lambris du XVIe siècle qui couvre la nef et les deux chapelles latérales ajoutées à la même période témoignent d'une campagne de travaux qui transforma avec soin l'édifice roman sans le dénaturer. La visite, courte mais dense, s'adresse autant aux passionnés d'art roman qu'aux promeneurs curieux qui sillonnent le bocage vendômois. Le cadre villageois préservé, la lumière douce filtrant par les petites fenêtres romanes et le silence qui enveloppe ce lieu font de Notre-Dame de Françay une halte intime et apaisante, loin des circuits touristiques bondés.
Architecture
L'église Notre-Dame de Françay présente un plan roman caractéristique de la production architecturale ligérienne du XIIe siècle : un vaisseau unique à nef rectangulaire, prolongé par une abside semi-circulaire couverte d'un cul-de-four, voûte en quart de sphère typique du chœur roman. Ce plan élémentaire mais cohérent fut complété au XVIe siècle par l'adjonction de deux chapelles latérales qui élargissent la nef sans en altérer la lisibilité spatiale. L'ensemble est couvert d'un lambris de bois, intervention Renaissance qui témoigne des pratiques de modernisation des intérieurs ecclésiastiques à cette époque. L'élément le plus remarquable de l'extérieur est sans conteste le portail principal, dont les jambages sont flanqués de colonnettes à chapiteaux sculptés surmontant des piliers à triple ressaut. Ce dispositif, typique du portail roman de la région du Vendômois et du Blésois, crée un effet de profondeur et de théâtralité qui met en valeur le seuil entre le monde profane et l'espace sacré. Les chapiteaux à feuillages et masques grimaçants constituent le point d'orgue sculptural de l'édifice : ces têtes expressives, mêlant végétal et humain dans une grammaire ornementale propre au roman du XIIe siècle, témoignent d'une maîtrise technique et d'une inventivité iconographique remarquables. Le portail méridional, protégé par un porche du XVIe siècle en appentis, est également orné de colonnettes à chapiteaux sculptés. À l'intérieur, les peintures murales découvertes, datant de la fin du Moyen Âge, constituent un décor exceptionnel qui restituait aux fidèles médiévaux un environnement pictural catéchétique et dévotionnel.


