Au cœur de Josselin, Notre-Dame-du-Roncier mêle arcades romanes du XIIe siècle et dentelle gothique flamboyant du XVe, gardienne d'une légende médiévale et d'un pèlerinage breton millénaire.
Dressée dans la vieille ville de Josselin, en plein cœur du Morbihan, l'église Notre-Dame-du-Roncier est l'une des plus singulières de Bretagne. Son nom même raconte une histoire : celui d'une statue de la Vierge, dit-on, découverte au IXe siècle dissimulée dans un buisson de ronces, et qui donna naissance à un culte marial d'une longévité remarquable. Cette fondation légendaire a façonné l'identité profonde du monument, qui n'est pas simplement une église paroissiale mais un sanctuaire vivant, lieu de pèlerinage ininterrompu depuis plus de onze siècles. Ce qui rend Notre-Dame-du-Roncier véritablement unique, c'est la superposition lisible de ses âges successifs. Là où la plupart des édifices médiévaux ont effacé leurs strates primitives, celui-ci les a préservées avec une générosité rare : les arcades romanes du choeur et l'arcade de l'ancienne absidiole nord, sobrement ornées, dialoguent sans heurts avec la croisée du transept du XIIIe siècle et l'exubérance gothique des façades du XVe siècle, portées par les grandes campagnes de travaux de 1461, 1470 et 1480. L'histoire de pierre se lit comme un palimpseste architectural. À l'intérieur, le visiteur attentif s'arrêtera longuement devant les piliers romans séparant le chœur de la chapelle Sainte-Catherine : leurs chapiteaux sculptés de personnages, d'animaux fantastiques et de volutes constituent un bestiaire médiéval d'une expressivité saisissante, presque sculptural dans sa liberté d'exécution. Les vitraux anciens, lovés dans les fenestrages gothiques, filtrent une lumière colorée qui transfigure la pierre grise bretonne. La chapelle Sainte-Marguerite, fondée au XIVe siècle par Olivier de Clisson, connétable de France et seigneur de Josselin, offre un lien direct entre l'histoire nationale et ce sanctuaire discret. Elle rappelle que l'église fut longtemps intimement liée aux grandes familles qui régnaient sur la ville et son château, tout proche, miroir féodal de cette dévotion aristocratique. Visiter Notre-Dame-du-Roncier, c'est parcourir en quelques pas huit siècles de foi, de pouvoir et de création artistique bretonne. Le pardon annuel, qui réunit chaque année des milliers de pèlerins les premiers jours de septembre, confirme que ce monument n'a rien d'un musée figé : il est encore aujourd'hui un lieu vivant, ancré dans l'identité profonde du pays de Josselin.
L'église Notre-Dame-du-Roncier présente un plan en rectangle élargi résultant de plusieurs siècles de remaniements successifs. Si la forme primitive était celle d'une croix latine, les campagnes gothiques du XVe siècle ont progressivement intégré les transepts, les bas-côtés et les chapelles dans un volume plus compact et homogène. La nef et le chœur s'inscrivent désormais dans cet ensemble rectangulaire que viennent compléter la chapelle Sainte-Marguerite au nord et la chapelle Sainte-Catherine au sud. Une tour de style plus tardif et une sacristie ont été ajoutées à des époques ultérieures, sans briser l'harmonie générale de l'édifice. Les façades extérieures arborent uniformément le langage gothique flamboyant du XVe siècle breton : portails moulurés, fenêtres à réseaux de pierre ouvragés, contreforts rythmant les élévations. La pierre locale, de teinte gris bleuté caractéristique du granite morbihannais, donne à l'ensemble une élégance sobre et résistante. À l'intérieur, le contraste entre les périodes est saisissant : les piliers romans du chœur, traités avec la rigueur ornementale du XIIe siècle — chapiteaux historiés représentant personnages, animaux et volutes végétales —, côtoient les fines arcades gothiques des chapelles latérales. Les fenestrages conservent plusieurs vitraux anciens dont les couleurs profondes, bleu et rouge dominants, créent un effet de lumière mystique particulièrement intense dans le chœur.
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