Eglise Notre-Dame-de-Nantilly
Joyau roman de Saumur, Notre-Dame-de-Nantilly abrite l'une des plus belles collections de tapisseries médiévales d'Anjou et conserve une nef du XIIe siècle d'une austère élégance, classée dès 1840.
Histoire
Lovée sur le coteau sud de Saumur, à l'écart du tumulte touristique du château, l'église Notre-Dame-de-Nantilly s'impose comme l'un des sanctuaires romans les mieux préservés du Val de Loire. Sa silhouette trapue, ses murs de tuffeau blond et son clocher discret trahissent une ancienneté profonde qui précède de plusieurs siècles la notoriété de sa ville d'accueil. Ce qui rend Nantilly véritablement singulière, c'est la densité de son trésor intérieur. Les murs de la nef et du chœur sont tendus d'une série de tapisseries des XVe et XVIe siècles, dont certaines proviennent de la collection royale — un privilège rarissime pour une église paroissiale. Ces textiles monumentaux, à la fois œuvres d'art et catéchèse visuelle, transforment chaque visite en immersion dans l'imaginaire médiéval angevin. L'édifice recèle également une statuaire exceptionnelle : Vierges à l'Enfant en tuffeau polychrome, gisants de haute facture et chapiteaux historiés où se lisent les grandes heures de la sculpture romane ligérienne. La qualité d'exécution de certaines pièces laisse supposer des commanditaires de rang princier ou royal. Visiter Notre-Dame-de-Nantilly, c'est accepter de ralentir. La lumière filtrée par les baies romanes teinte de dorure le calcaire des colonnes, et le silence qui règne ici contraste saisissamment avec l'animation des quais de la Loire tout proches. Un monument à savourer longuement, loin des circuits balisés.
Architecture
Notre-Dame-de-Nantilly présente un plan allongé caractéristique du roman angevin tardif : une nef principale flanquée d'un collatéral méridional ajouté au cours du XIIe siècle, un transept peu saillant et un chœur terminé en abside semi-circulaire. L'ensemble est bâti en tuffeau, cette pierre calcaire blanche et tendre extraite des falaises ligériennes, qui se taille facilement mais vieillit avec une patine chamois des plus élégantes. La toiture est couverte d'ardoises d'Anjou selon l'usage régional. À l'extérieur, la façade occidentale se distingue par sa sobriété : un portail en plein cintre à plusieurs rouleaux de moulures sobrement sculptées, flanqué de contreforts plats. Le clocher, posé sur la croisée du transept, est une tour carrée couronnée d'une flèche polygonale qui domine le coteau. Les absidioles latérales conservent leurs arcatures lombardes d'origine, détail rare dans la région. L'intérieur révèle des voûtes en berceau brisé sur la nef centrale, soutenues par des colonnes aux chapiteaux à crochets végétaux et figures historiées, œuvre de tailleurs de pierre d'une grande maîtrise. Le chœur, légèrement surélevé, accueille un mobilier liturgique composite où se mêlent stalles gothiques tardives, tapisseries flamandes du XVe siècle et fragments de peintures murales romanes dégagées lors des restaurations modernes. La lumière naturelle, orientée à l'est par les baies du chœur, crée à certaines heures un éclairage rasant qui révèle le grain vivant du tuffeau.


