Eglise Notre-Dame de l'Assomption
Nichée en Périgord, cette église romane du XIIe siècle cache sous son clocher moderne un portail à cinq archivoltes d'une rare élégance et une coupole sur pendentifs témoignant des grandes heures de l'architecture médiévale.
Histoire
Au cœur du Périgord Noir, dans le paisible village de Lamonzie-Montastruc, l'église Notre-Dame de l'Assomption s'impose comme un témoin rare et authentique de l'architecture religieuse médiévale du Bergeracois. Inscrite aux Monuments Historiques depuis 1974, elle compose un ensemble architectural singulier où se superposent les traces de plusieurs siècles d'histoire, du roman primitif jusqu'aux aménagements défensifs de la Guerre de Cent Ans. Ce qui rend ce monument véritablement unique, c'est la coexistence d'un portail occidental d'une sobriété raffinée et d'un espace intérieur dominé par une coupole sur pendentifs, trait caractéristique des églises romanes saintongeaises et périgourdines. Les cinq archivoltes décroissantes du portail, dont les colonnettes tournées révèlent un soin artisanal peu commun pour un édifice de village, invitent le visiteur à franchir le seuil avec une solennité toute médiévale. L'intérieur réserve une surprise architecturale majeure : le carré du transept, couvert d'une vaste coupole hémisphérique reposant sur quatre piles dont les angles ont été abattus en pans coupés, crée un effet de légèreté et d'élévation saisissant. La lumière filtre doucement, enveloppant la nef d'une atmosphère recueillie propice à la contemplation. La visite invite également à lire dans les pierres les stigmates de la Guerre de Cent Ans : les murs goutterots rehaussés aux XIVe et XVe siècles transformèrent provisoirement cette maison de Dieu en forteresse villageoise, rappelant que la frontière entre le spirituel et le militaire fut souvent ténue dans ce Périgord disputé entre Anglais et Français. Le cadre de Lamonzie-Montastruc, avec ses collines douces et ses vignobles bergeracois, complète parfaitement la visite. L'église se découvre au fil d'une promenade dans ce village discret, loin des foules touristiques, pour ceux qui savent apprécier les trésors que dissimule la campagne périgourdine.
Architecture
L'église Notre-Dame de l'Assomption adopte un plan en croix latine classique, composé d'une nef unique, d'un transept et d'un chœur rectangulaire à chevet plat — une disposition sobre qui tranche avec les absides arrondies des grandes cathédrales mais qui est courante dans l'architecture rurale du Périgord médiéval. La coupole sur pendentifs qui couvre le carré du transept constitue la pièce maîtresse de l'édifice : portée par quatre piles massives dont les angles intérieurs ont été abattus en pans coupés pour assurer une transition harmonieuse entre le carré et la base circulaire, elle appartient à la grande tradition romane périgourdine héritée de l'influence byzantine via l'Aquitaine. Ce dispositif structurel, d'une remarquable sophistication pour un édifice rural, révèle des maîtres d'œuvre pleinement maîtres de leur art. La façade occidentale est dominée par un portail en léger avant-corps, dont les cinq archivoltes décroissantes forment un entonnoir architectural d'une grande élégance. Les deux premières archivoltes reposent sur des pilastres, tandis que les trois suivantes s'appuient sur des colonnettes tournées, détail d'un raffinement inhabituel pour une église de ce rang. Les chapiteaux sculptés de ces colonnettes, bien que discrets, témoignent du soin apporté au décor sculpté. Au-dessus du portail, un grand mur de facture récente supporte un clocher moderne à quatre baies campanaires, intervention du XXe siècle qui, si elle rompt l'unité stylistique de la façade, assure la fonction sonore indispensable à toute église paroissiale vivante. Les murs goutterots surélevés aux XIVe-XVe siècles demeurent lisibles dans l'appareil de pierre, offrant aux regards attentifs une véritable stratigraphie architecturale en élévation.


