Eglise Notre-Dame de Cunault
Joyau roman du Val de Loire, l'église Notre-Dame de Cunault dresse son clocher millénaire au-dessus de la Loire. Ses 223 chapiteaux sculptés en font l'un des plus extraordinaires bestiaires de pierre du XIe siècle.
Histoire
Surgissant au-dessus des levées de la Loire comme un vaisseau de pierre immobile depuis mille ans, l'église Notre-Dame de Cunault est l'une des grandes énigmes de l'art roman anjou-poitevin. Sa silhouette massive, dominée par un clocher carré d'une sobriété monastique, contraste avec la profusion décorative qui attend le visiteur à l'intérieur : pas moins de 223 chapiteaux sculptés, chacun différent, peuplent les arcatures de la nef d'un monde fascinant où anges, démons, griffons et entrelacs végétaux se disputent l'espace sacré. Ce qui rend Cunault véritablement unique dans le panorama de l'architecture religieuse médiévale, c'est l'ampleur insolente de son vaisseau central pour une localité aussi modeste. L'église mesure en effet plus de 60 mètres de longueur, avec une nef à trois vaisseaux d'une hauteur sous voûte remarquable. Cette démesure s'explique par la vocation du lieu comme prieuré bénédictin dépendant de l'abbaye Saint-Philibert de Tournus, ce qui lui confère la stature d'un édifice de pèlerinage plutôt que d'une simple paroisse rurale. La visite débute idéalement par le portail occidental, dont le tympan et les voussures conservent des restes de polychromie médiévale. À l'intérieur, la lumière filtre en faisceaux obliques par les fenêtres hautes, révélant progressivement la richesse du décor sculpté. Les chapiteaux racontent à eux seuls une cosmologie médiévale complète : scènes bibliques, fables ésopiques, motifs orientaux importés par les croisades, et créatures hybrides héritées du bestiaire antique. Le cadre naturel amplifie le sentiment de dévotion et de sérénité. Cunault appartient à la commune de Chênehutte-Trèves-Cunault, au cœur du Saumurois, dans un paysage de tuffeau blanc et de peupliers légers où la Loire impose son rythme lent. Le bourg, quasi désert hors saison, permet une approche contemplative du monument, rare privilège dans la région des châteaux.
Architecture
L'église Notre-Dame de Cunault s'inscrit dans la tradition romane du Val de Loire, avec des emprunts significatifs à l'école poitevine. Son plan basilical à trois nefs se développe sur environ 62 mètres de longueur, ce qui en fait l'un des plus vastes édifices romans du Maine-et-Loire. La nef centrale, couverte d'une voûte en berceau brisé, est flanquée de deux collatéraux plus bas, eux-mêmes voûtés en demi-berceau pour contrebuter la poussée centrale. Le chevet plat, inhabituel en Anjou, témoigne d'une influence bourguignonne directement liée à la dépendance du prieuré envers Tournus. L'élément le plus spectaculaire demeure la forêt de colonnes engagées et de piliers composites qui rythment la nef. Leurs chapiteaux, au nombre de 223, constituent un véritable musée lapidaire médiéval : tailloir à crossettes, corbeilles historiées, chapiteaux à entrelacs, à feuilles d'acanthe stylisées ou à animaux affrontés s'y succèdent sans jamais se répéter. La pierre employée est le tuffeau blanc de Touraine, matériau local friable mais d'une finesse permettant un travail en détail exceptionnel. Le clocher roman, coiffé d'une flèche octogonale qui remplace le couronnement médiéval disparu, s'élève à la croisée du transept. À l'intérieur, une châsse à fond d'argent du XIIIe siècle, qui abritait jadis des reliques de saint Maximin, est l'un des rares éléments du mobilier médiéval conservés sur place.


