
Eglise Notre-Dame
Édifiée du XIIIe au XVe siècle au cœur du Loiret, l'église Notre-Dame de Boiscommun déploie trois siècles d'art gothique en un seul vaisseau, du chevet médiéval à la façade flamboyante.

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Histoire
Au cœur de la Beauce loirétaine, l'église Notre-Dame de Boiscommun s'impose comme l'un des témoins les plus complets de l'évolution du gothique en région Centre-Val de Loire. Loin des grands itinéraires touristiques, elle réserve à qui sait s'y arrêter une leçon d'architecture en actes : chaque travée, chaque assise de pierre raconte une étape de sa longue genèse, étalée sur trois siècles de chantier continu. Ce qui rend Notre-Dame de Boiscommun véritablement singulière, c'est la lisibilité de ses phases de construction. Là où beaucoup d'édifices médiévaux ont été homogénéisés par des restaurations intempestives, celui-ci conserve les coutures apparentes entre le XIIIe, le XIVe et le XVe siècle : les piliers robustes du chœur, la rigueur de la corniche du XIIIe siècle, l'élan vertical des fenêtres gothiques tardives et la dentelle flamboyante des contreforts du XVe siècle se succèdent comme les pages d'un manuel vivant. À l'intérieur, le visiteur est saisi par la cohérence de l'espace malgré cette construction en palimpseste. La nef à trois vaisseaux offre une perspective saisissante depuis le portail occidental, où le regard glisse naturellement vers le chevet originel, le plus ancien fragment de l'édifice. Le triforium, présent sur plusieurs travées, confère à l'élévation une sophistication rare pour une ville de cette taille, évoquant les grandes collégiales du Bassin parisien. Le cadre extérieur mérite lui aussi l'attention : implanté au centre du bourg, l'édifice domine la silhouette de Boiscommun, ce modeste chef-lieu de canton qui fut pourtant, au Moyen Âge, une place commerciale et stratégique sur les routes de la Beauce. Ses contreforts à ressauts du XVe siècle, ses portails latéraux sobrement moulurés et son escalier de pierre en façade témoignent d'une ambition architecturale soutenue sur la longue durée. Protégée depuis 1886 au titre des Monuments Historiques, Notre-Dame de Boiscommun s'adresse autant au passionné d'architecture médiévale qu'au promeneur en quête de beauté discrète, loin des foules. Un monument qui invite à la lenteur et à l'observation attentive.
Architecture
L'église Notre-Dame de Boiscommun adopte le plan caractéristique des grandes collégiales gothiques de la région : une nef à trois vaisseaux — une nef centrale flanquée de deux bas-côtés — prolongée par un chœur à chevet plat ou légèrement polygonal, selon l'usage courant dans le gothique du Bassin parisien et du val de Loire au XIIIe siècle. Le clocher, intégré aux premières travées de la nef côté nord, constitue un point d'appel vertical visible depuis les plaines beauceronnes environnantes. L'élévation intérieure à trois niveaux — grandes arcades, triforium et fenêtres hautes — est l'un des traits les plus remarquables de l'édifice. La présence d'un triforium courant sur plusieurs travées, depuis les parties les plus anciennes jusqu'aux ajouts du XIVe siècle, place Notre-Dame de Boiscommun dans la lignée des édifices gothiques soignés, bien au-delà de ce que l'on attendrait d'une église de bourg de cette dimension. Les piliers, datés du XIIIe siècle, présentent probablement des fûts cylindriques à chapiteaux à crochets, selon la tradition gothique classique. Les contreforts extérieurs évoluent au fil des campagnes : plus massifs et orthogonaux pour les parties médiévales, ils deviennent à ressauts et plus élancés dans les ajouts du XVe siècle flamboyant. Les portails méritent une attention particulière : le portail occidental, du XIIIe siècle, devait présenter un programme sculpté cohérent avec les conventions iconographiques de l'époque, tandis que les deux portails latéraux du XVe siècle, plus tardifs, reflètent l'esthétique flamboyante dans leur traitement des moulures et des voussures. L'escalier de pierre en façade, ajout fonctionnel du XVe siècle, constitue une curiosité architecturale rare, témoignant du soin apporté à l'organisation pratique de l'édifice en plus de sa dimension esthétique.


