À Montfarville, une église au clocher médiéval cache un trésor du XIXe siècle : une voûte entièrement peinte par Guillaume Fouace, peintre normand de génie, entre 1879 et 1882.
Nichée dans le bocage du Val de Saire, à quelques kilomètres de Barfleur, l'église de Montfarville est l'un de ces édifices discrets dont l'intérieur stupéfie le visiteur qui pousse la porte sans s'y attendre. Sa sobre silhouette normande, dominée par un clocher roman du XIIIe siècle aux pierres patinées par les siècles, ne laisse rien présager de l'explosion décorative qui l'attend à l'intérieur. Car c'est bien là que réside l'exception absolue de Montfarville : une voûte en berceau recouverte d'un programme iconographique complet, mêlant stucs en relief et peintures sur toiles marouflées. L'ensemble a été exécuté entre 1879 et 1882 par Guillaume Fouace, enfant du pays et peintre académique d'envergure nationale, formé à Paris dans les ateliers les plus réputés de son temps. Le résultat est une œuvre totale, d'une cohérence et d'une qualité picturale rarissimes pour une église rurale de cette taille. La visite de l'église de Montfarville est une expérience d'une intensité particulière. En levant les yeux vers la voûte, le visiteur est happé par la composition générale, les figures hiératiques des apôtres, les scènes bibliques aux coloris chaleureux et les ornements en stucs qui rythment l'espace. La lumière filtrée par les fenêtres du chœur du XVIIIe siècle enveloppe l'ensemble d'une atmosphère recueillie et presque irréelle. Le cadre extérieur renforce le charme du lieu. Le village de Montfarville, typique de la campagne manchoise, offre un environnement préservé où la pierre grise et les pommers en fleurs au printemps composent un tableau d'une douce mélancolie normande. L'église est facilement accessible depuis Barfleur ou Saint-Vaast-la-Hougue, deux bourgs côtiers prisés des visiteurs du Cotentin.
L'église de Montfarville présente une silhouette composite, fruit de l'accumulation de plusieurs campagnes de construction. Le clocher, érigé au XIIIe siècle, est le témoin le plus éloquent de la phase médiévale : construit en pierre calcaire locale, il arbore les formes rondes et les appareillages soignés caractéristiques de l'architecture romane tardive normande, avec des ouvertures en plein cintre qui assurent à la fois l'éclairage du beffroi et son ornementation. La nef et le chœur, reconstruits vers 1763, adoptent un langage classique épuré, très représentatif de l'architecture religieuse rurale de la seconde moitié du XVIIIe siècle en Normandie. Les volumes sont simples, les façades peu ornées, et la couverture en ardoise — matériau roi de la région — s'adapte parfaitement au climat pluvieux du Cotentin. L'intérieur est organisé autour d'une voûte en berceau continue, surface idéale que Fouace saura exploiter avec maestria un siècle plus tard. C'est précisément cette voûte qui constitue la pièce maîtresse de l'édifice. Entre 1879 et 1882, Guillaume Fouace y déploie un décor combinant stucs en relief — pilastres, encadrements, motifs floraux et géométriques — et peintures sur toiles marouflées représentant des scènes religieuses et des figures de saints. La technique de la toile marouflée, qui consiste à coller une toile peinte sur un support mural, garantit la durabilité de l'œuvre tout en permettant à l'artiste de travailler en atelier dans de meilleures conditions. L'ensemble forme un cycle iconographique cohérent et d'une grande qualité plastique, rare témoignage de la peinture monumentale académique de la fin du XIXe siècle en milieu rural.
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Montfarville
Normandie