
Ecole Primaire Supérieure, devenue le Collège Classique, Moderne et Technique et actuel Lycée Rollinat
Chef-d'œuvre Art Déco de l'Entre-deux-guerres, le lycée Rollinat enchante par ses façades ornées de sgraffites et de mosaïques, témoignage rare d'une architecture scolaire ambitieuse au cœur de l'Indre.

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Histoire
Dressé dans la ville d'Argenton-sur-Creuse, ce qui était autrefois une École Primaire Supérieure constitue l'un des exemples les plus accomplis d'architecture civile Art Déco en région Centre. Loin des grandes métropoles qui monopolisent l'attention des amateurs d'architecture du XXe siècle, ce bâtiment scolaire révèle une ambition esthétique et programmatique remarquable pour une ville de taille modeste, témoignant de la volonté d'une République en pleine reconstruction de donner à l'éducation publique ses lettres de noblesse. La façade sur la ville constitue le premier émerveillement. Les architectes Gaud et Grelier y ont orchestré un dialogue subtil entre la brique et la pierre de taille, matériaux ancrés dans la tradition constructive locale, et un vocabulaire décoratif résolument moderne. Les encadrements linéaires, les formes géométriques et, surtout, les magnifiques décors en sgraffite confèrent à l'ensemble une personnalité affirmée, à mi-chemin entre la sobriété fonctionnelle de l'école républicaine et l'exubérance ornementale des arts décoratifs des années folles. Le sgraffite — technique ancienne remise au goût du jour au tournant du XXe siècle — consiste à gratter un enduit coloré pour révéler les couches sous-jacentes et dessiner ainsi des motifs en creux ou en relief. Sa présence ici, alliée à l'emploi de la mosaïque, signe une ambition artistique totale, celle d'un édifice où architecture et arts appliqués se fondent en une œuvre unifiée, dans le droit fil de l'idéal Art Déco. L'expérience de visite, bien que le site reste en activité en tant que lycée, invite le promeneur à s'attarder sur la composition de la façade principale : le grand corps central qui domine, les pavillons d'angle qui rythment la perspective, les jeux d'ombre et de lumière créés par les ressauts et les ornements. Le quartier environnant d'Argenton-sur-Creuse, ville aux nombreuses galeries peintes sur la Creuse, prolonge agréablement la découverte. Classé monument historique depuis 2008, le lycée Rollinat incarne une page méconnue mais essentielle de l'histoire architecturale française : celle d'une modernité provinciale, inventive et enracinée, qui sut conjuguer progrès pédagogique et beauté formelle dans les décennies qui suivirent la Grande Guerre.
Architecture
Le lycée Rollinat s'articule autour d'un plan en U parfaitement symétrique, composition classique dans l'architecture institutionnelle française qui organise les espaces autour d'une cour intérieure protégée. Le corps principal longitudinal, de trois étages au-dessus d'un niveau semi-enterré, constitue le pivot de cet ensemble, relié par deux ailes perpendiculaires qui se terminent en pavillon du côté de la rue. Cette élévation imposante confère à l'édifice une présence urbaine affirmée, à la fois monumentale et bien proportionnée. Les matériaux choisis témoignent d'une double fidélité : à la tradition constructive régionale d'une part, avec l'emploi de la brique et de la pierre de taille en pierre locale, et à la modernité d'autre part, avec des encadrements aux profils nets et une géométrisation des formes ornementales typique de l'Art Déco. La façade sur la ville constitue le morceau de bravoure de l'ensemble : les architectes y ont développé un programme décoratif ambitieux faisant appel à la technique du sgraffite — décors obtenus par grattage d'enduits polychromes superposés — et à l'intégration de panneaux de mosaïque aux motifs stylisés. Ces éléments ornementaux, traités avec une sobriété géométrique caractéristique des années 1920, illustrent parfaitement l'idéal de synthèse entre architecture et arts décoratifs qui animait les concepteurs de l'époque. Les toits à deux versants, ajoutés lors de l'agrandissement de 1924-1931 en remplacement des terrasses originelles, marquent une inflexion vers un traitement plus traditionnel de la couverture. L'aile d'ateliers ajoutée en 1951-1952 par Pierre Bourguin introduit quant à elle la structure en shed — toitures à redans asymétriques en dents de scie — solution industrielle offrant un éclairage naturel généreux et uniforme, en contraste assumé avec le langage formel Art Déco des bâtiments d'origine.


