Ecole du Lau (ou Dulau)
Au cœur d'Arles antique, l'École du Lau dévoile une demeure aristocratique médiévale d'une rare élégance, classée Monument Historique, témoin silencieux de plusieurs siècles de vie provençale.
Histoire
Nichée dans le tissu urbain millénaire d'Arles, ville où Rome et le Moyen Âge se superposent couche après couche, l'École du Lau — parfois orthographiée Dulau — est l'un de ces édifices discrets qui recèlent une densité historique insoupçonnée. Loin des fastes tapageurs des châteaux de bord de Loire, elle incarne la sobriété aristocratique propre à la Provence médiévale et post-médiévale, où la pierre calcaire dorée dicte ses lois à l'architecture comme à la lumière. Ce qui rend cette demeure singulière, c'est précisément son ancrage dans un tissu urbain exceptionnel. Arles, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO pour ses monuments antiques et romans, offre à l'École du Lau un écrin sans pareil : à quelques enjambées des arènes romaines, du théâtre antique et du cloître Saint-Trophime, l'édifice dialogue avec les âges de manière presque vertigineuse. La pierre locale, chaude et dorée selon l'heure du jour, lui confère cette patine que seuls les siècles savent composer. L'expérience de visite y est celle du dépouillement — une invitation à lire l'histoire dans les joints de maçonnerie, dans la succession des ouvertures, dans la géométrie des cours intérieures que l'architecture provençale affectionne tant. Photographes et amateurs d'histoire urbaine y trouveront matière à contemplation, particulièrement aux heures matinales où la lumière rasante fait saillir les reliefs en pierre taillée. L'édifice bénéficie d'une double protection au titre des Monuments Historiques — inscrit en 1946 puis classé en 1950 — reconnaissance qui atteste de sa valeur patrimoniale irréductible dans un département qui ne manque pourtant pas de joyaux architecturaux. Ce double statut confère à l'École du Lau une place à part dans l'inventaire du patrimoine arlésien, aux côtés des grandes institutions antiques et romanes.
Architecture
L'École du Lau appartient à la tradition des demeures urbaines aristocratiques provençales, caractérisées par une façade sur rue relativement austère — conforme à la discrétion des élites méridionales — et un développement intérieur autour d'une cour à galeries. La pierre calcaire des Alpilles ou des carrières locales, dorée et dense, constitue le matériau de prédilection, sculptée en encadrements de fenêtres moulurés, en cordons de façade et en clés d'arc ornées. Les élévations présentent vraisemblablement une succession de travées rythmées par des fenêtres à meneau ou à croisée, caractéristiques de la transition entre gothique tardif et Renaissance provençale. La toiture, à faible pente selon l'usage méditerranéen, est couverte de tuiles canal aux tons orangés et patinés qui harmonisent l'édifice avec son environnement urbain. Les niveaux intérieurs, desservis par un escalier à vis en pierre ou une cage d'escalier droite, suivent la hiérarchie sociale habituelle : rez-de-chaussée utilitaire, piano nobile représentatif au premier étage, communs en hauteur. L'ensemble architectural témoigne d'une maîtrise constructive propre aux bâtisseurs provençaux du bas Moyen Âge et de la Renaissance, capables d'intégrer les modes venues d'Italie tout en préservant les logiques constructives et climatiques régionales — épaisseur des murs pour la fraîcheur estivale, orientation des ouvertures au nord ou à l'ombre des cours, usage systématique de la pierre de taille pour les éléments de prestige.


