
Ecluse à sas de Choiseau, située sur le canal d'Orléans
Au cœur de la Beauce solognote, l'écluse de Choiseau révèle l'ingéniosité hydraulique du Grand Siècle : ses aqueducs noyés dans les bajoyers et ses vannes à crémaillères en font un joyau technique du canal d'Orléans.

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Histoire
Nichée dans la verdure tranquille du Loiret, à Coudroy, l'écluse à sas de Choiseau est l'une des pièces maîtresses du canal d'Orléans, voie d'eau artificielle dont la conception remonte aux grandes ambitions fluviales du règne de Louis XIV. Loin d'être un simple ouvrage de génie civil, elle incarne quatre siècles de savoir-faire hydraulique et témoigne de la façon dont la France du XVIIe siècle entendait maîtriser ses territoires par les eaux intérieures. Ce qui rend Choiseau véritablement singulier, c'est la sophistication de son dispositif technique : les aqueducs sont ménagés directement dans les bajoyers — les murs latéraux de l'écluse — permettant le remplissage et la vidange du sas sans recourir aux vannes de surface classiques. Les vannes sont actionnées par un système de crémaillères métalliques dont le cliquetis rythmait autrefois le labeur des éclusiers. Les trous d'évents, taillés dans la pierre de Loire, subsistent en place, témoins silencieux d'une technologie pensée pour durer. La maison éclusière qui jouxte l'ouvrage complète ce tableau vivant d'une vie quotidienne révolue. Sobre et fonctionnelle, elle rappelle que ce canal fut pendant deux siècles une artère économique vitale, animée par les gabarres transportant bois, grains et tuiles vers Orléans et Paris. Visiter Choiseau, c'est renouer avec cette France laborieuse des hommes de l'eau. Pour le visiteur, l'expérience se double d'une promenade apaisante le long du canal, bordé d'aulnes et de peupliers. Photographes et amateurs de patrimoine industriel trouveront dans les reflets du sas et la texture calcaire des pierres de quoi nourrir leur œil. La quiétude du site, loin des grandes routes touristiques, en fait un arrêt privilégié pour les cyclistes empruntant la Vélo-Route du canal d'Orléans.
Architecture
L'écluse de Choiseau appartient au type dit « à sas », où deux portes busquées délimitent une chambre d'eau intermédiaire permettant aux bateaux de franchir une dénivellation par remplissage ou vidange progressive. Sa particularité technique réside dans le recours aux aqueducs de bajoyers : au lieu de vannes percées dans les portes elles-mêmes, les bajoyers — les murs latéraux en maçonnerie qui contiennent le sas — sont creusés de conduits souterrains par lesquels l'eau circule silencieusement. Ce système, plus doux pour les bateaux et les marchandises fragiles, est actionné par des vannes à crémaillères dont les tiges en fer forgé émergent en surface, manipulées à la main par l'éclusier à l'aide d'une clé spéciale. Les trous d'évents, petites ouvertures circulaires taillées dans la pierre, régulent la pression dans les conduits et constituent aujourd'hui l'un des éléments archéologiques les plus émouvants du site. La maçonnerie est principalement en pierre calcaire de Loire, matériau abondant dans la région, soigneusement équarri aux angles et en parement, avec un remplissage de moellons pour le corps des bajoyers. La distinction entre les parties du XVIIe siècle et celles refaites en 1823 et 1845 se lit notamment dans le soin de l'appareillage et dans de légères variations de module des blocs. Les portes en bois à balanciers, refaites en 1993 selon les techniques traditionnelles, complètent l'ensemble avec leurs poutres de chêne soigneusement assemblées. La maison éclusière, sobre construction de plain-pied à toiture à deux pans couverte de tuiles plates, s'inscrit dans la tradition des logements de service des Ponts et Chaussées du XIXe siècle.


