Domaine du château de Campagne
Niché au cœur du Périgord Noir, le château de Campagne mêle tours médiévales du XVe siècle et galerie Renaissance, dans un écrin de verdure redessiné au XIXe siècle par un pépiniériste bordelais.
Histoire
Au détour d'un méandre de la Vézère, à quelques kilomètres des Eyzies-de-Tayac, le château de Campagne surgit avec une élégance discrète, presque secrète, que l'on ne soupçonne pas depuis la route. Flanqué de tours rondes coiffées d'ardoise et ceint d'un parc arboré, il offre l'une de ces silhouettes qui ont fait la réputation du Périgord Noir comme terre de châteaux. Ce qui rend Campagne véritablement singulier, c'est sa stratification lisible à l'œil nu : les tours massives du XVe siècle, encore marquées par la prudence du temps des guerres, côtoient une aile du XVIIe siècle ornée d'une galerie ouverte sur cour, aérée et lumineuse, qui introduit une grâce toute classique dans l'ensemble. La restauration conduite entre 1854 et 1882 a harmonisé ces éléments sans les effacer, leur conférant cette patine romantique caractéristique du goût du Second Empire pour le Moyen Âge retrouvé. Le parc constitue à lui seul une destination. Redessiné entre 1857 et 1862 par Jean-Jacques Rousseau, pépiniériste bordelais, il déploie ses allées ombragées, ses pelouses et ses essences remarquables dans l'esprit des jardins paysagers anglais alors en vogue. Se promener sous ses frondaisons, c'est traverser une idée du bonheur rural aristocratique du XIXe siècle, préservée avec soin. Depuis le transfert de la propriété de l'État au département de la Dordogne en 2007, le domaine a intégré le réseau des sites du Conseil Départemental, qui œuvre à sa valorisation culturelle et naturelle. Les communs, organisés autour de trois cours au nord du château, complètent admirablement l'image d'un domaine vivant, ancré dans son territoire. Campagne est un monument pour les amateurs de promenades lentes, de lecture dans l'herbe et d'histoire murmurée entre les pierres. Il n'écrase pas le visiteur de sa grandeur ; il l'invite plutôt à la contemplation et à la curiosité.
Architecture
Le château de Campagne présente une architecture composite, fruit de six siècles d'additions et de remaniements. Le corps le plus ancien, datant du XVe siècle, est dominé par des tours rondes à mâchicoulis, construites en calcaire blond du Périgord, caractéristiques de l'architecture militaire de la fin du Moyen Âge dans cette région. Leurs murs épais, leurs ouvertures ménagées avec parcimonie et leur couronnement crénelé signalent une époque où la résidence noble devait encore pouvoir se défendre. L'aile septentrionale, ajoutée au XVIIe siècle, apporte une note de légèreté avec sa galerie à arcades ouverte sur la cour d'honneur. Ce dispositif, inspiré des loggias italiennes et de leur adaptation française, confère à l'ensemble une respiration architecturale bienvenue. Les toitures à forte pente, refaites ou consolidées lors des restaurations du XIXe siècle, unifient visuellement les différents corps de bâtiment et leur donnent cette silhouette romantique si reconnaissable dans le paysage périgourdin. Les communs s'organisent au nord du château autour de trois cours successives, selon un plan fonctionnel révélateur de l'importance économique du domaine à son apogée. Le parc paysager qui enveloppe l'ensemble constitue lui-même un élément architectural à part entière : ses allées sinueuses, ses massifs d'arbres centenaires et ses perspectives soigneusement dessinées par Rousseau s'intègrent harmonieusement au bâti pour former un tout cohérent, typique des grandes propriétés périgordines du XIXe siècle finissant.


