Domaine de Montalban
Aux portes de la Gironde, le domaine de Montalban dévoile une demeure du XVIIIe siècle nichée dans un cadre stratégique, célèbre pour ses rarissimes papiers peints chinois d'époque et sa chapelle redécorée au goût romantique.
Histoire
Posé sur les rives de la Garonne, le domaine de Montalban à Casseuil est l'une de ces demeures de caractère qui réconcilie l'histoire militaire et l'art de vivre à la française. Héritière d'une maison forte médiévale commandant autrefois le gué du Pas-de-Saint-Georges, la propriété s'est métamorphosée au fil des siècles en une élégante résidence de campagne girondine, tout en conservant les traces de ses origines défensives. Ce qui distingue véritablement Montalban de bien d'autres gentilhommières du Bordelais, c'est la présence exceptionnelle de trois tentures de papiers peints chinois recouvrant entièrement les murs de plusieurs pièces de réception. Datées des environs de 1800, ces toiles aux fonds blanc et vert, animées d'oiseaux exotiques, de papillons et de branches fleuries ou fruitées, constituent un ensemble d'une rareté insigne en France. Réunir trois de ces papiers peints dans une même demeure témoigne du goût prononcé de leurs commanditaires pour la chinoiserie, alors au faîte de sa vogue dans les intérieurs aristocratiques et bourgeois européens. L'organisation des lieux invite à une promenade architecturale variée. La maison principale, de plan rectangulaire, s'ouvre au sud sur une terrasse panoramique ajoutée au XVIIIe siècle, offrant un cadre de verdure propice à la contemplation. Au nord, les communs forment avec le corps de logis une cour intérieure ordonnée, fermée par un mur et ponctuée d'une tour d'angle circulaire qui rappelle discrètement les origines fortifiées du domaine. Dans ces anciens communs, une chapelle transformée en 1745 puis redécorée au XIXe siècle distille une atmosphère de piété intime et raffinée. Le visiteur sensible à l'histoire des arts décoratifs y trouvera un terrain d'exploration rare : nulle part ailleurs en Gironde on ne peut observer un tel dialogue entre l'architecture sobre du néoclassicisme provincial et la fantaisie orientalisante de ces panoramiques asiatiques. Photographes et amateurs de patrimoine authentique, préservé loin des circuits touristiques de masse, seront particulièrement comblés.
Architecture
Le domaine de Montalban offre un exemple cohérent de l'architecture civile girondine des XVIIe et XVIIIe siècles, où la sévérité des origines défensives se tempère progressivement sous l'influence des modes classiques. Le corps de logis principal, de plan rectangulaire, présente les caractéristiques typiques des maisons de maître du Bordelais : élévation sobre, ordonnancement régulier des ouvertures, toiture à faible pente couverte de tuiles. La terrasse méridionale, ajoutée au cours du XVIIIe siècle, introduit une note de légèreté et ouvre le bâtiment sur le paysage environnant. L'organisation en cour est particulièrement intéressante : les communs rectangulaires au nord s'articulent avec le logis pour dessiner une cour principale, tandis qu'une cour secondaire réservée aux activités agricoles et domestiques s'ouvre à l'est, close par un mur de clôture et animée par une tour d'angle circulaire. Cette tour, vestige probable des dispositions défensives d'origine ou réinterprétation néo-médiévale, constitue l'élément le plus spectaculaire de la silhouette extérieure du domaine. À l'intérieur, c'est sans conteste les papiers peints chinois qui constituent le clou du décor. Ces trois panoramiques, à fond blanc pour deux d'entre eux et vert pour le troisième, déploient sur toute la hauteur des pièces une faune et une flore exotiques d'une finesse d'exécution remarquable : oiseaux colorés aux plumages variés, papillons en vol ou posés, arbres en fleurs et branches chargées de fruits. La chapelle, accessible depuis la cour, conserve son décor intérieur du XIXe siècle, sobre et recueilli.


