Domaine de la Cavalière sis Quartier La Fourragère
Aux portes de Marseille, le domaine de la Cavalière déploie un écrin bourgeois d'exception : bastides provençales, parc à l'anglaise et l'unique papier peint panoramique Délicourt conservé en France.
Histoire
Niché dans le quartier de La Fourragère, à l'est de Marseille, le domaine de la Cavalière est l'une des propriétés privées les mieux préservées de la métropole phocéenne. Ce vaste ensemble conjugue deux bastides de caractères distincts, une ferme en activité, des dépendances, une chapelle et un parc à l'anglaise d'une rare cohérence, le tout inscrit aux Monuments Historiques depuis 2006. Loin de la frénésie urbaine qui cerne désormais ses murs, le domaine conserve l'atmosphère d'un monde à part, celui de la haute bourgeoisie industrielle marseillaise du XIXe siècle. Ce qui distingue la Cavalière de ses homologues provençaux, c'est la précision maniaque avec laquelle Frédéric Fournier, son commanditaire, a façonné chaque recoin du domaine à son image. Passionné d'horticulture exotique, il fit ériger pas moins de huit serres spécialisées pour la culture des orchidées, complétées par une orangerie et un jardin d'hiver — un dispositif qui ferait honneur à un établissement botanique public. Le réseau hydraulique qui irrigue le tout, savant entrelacs de canaux à ciel ouvert et de conduites souterraines alimentées par trois bassins, témoigne d'une maîtrise technique rarissime à l'échelle d'une propriété privée. Les allées qui sillonnent le parc à l'anglaise offrent une promenade dans un univers de rocailles raffinées : salons de verdure, bordures sculptées, massifs fleuris, bancs de pierre, belvédère et fabriques de jardin s'y succèdent avec un sens consommé de la mise en scène pittoresque. Chaque point de vue semble avoir été soigneusement calculé pour ménager une surprise ou révéler une perspective inattendue, dans la plus pure tradition des jardins romantiques du Second Empire. L'intérieur de la bastide du XIXe siècle recèle un trésor méconnu : un papier peint panoramique de la manufacture Délicourt représentant de grandes scènes de chasse. Rare au point d'être considéré comme un document patrimonial de premier ordre, ce décor mural témoigne du goût éclairé d'une bourgeoisie capable de rivaliser, dans l'intimité de ses demeures, avec les grandes résidences aristocratiques. Pour les amateurs de décors intérieurs et d'arts décoratifs du XIXe siècle, ce seul élément justifie le déplacement.
Architecture
Le domaine de la Cavalière illustre avec éloquence la dualité architecturale propre aux grandes propriétés marseillaises : la bastide du XVIIIe siècle, sobre et massive selon la tradition provençale, avec ses volumes simples, ses façades enduites et ses toits à faible pente couverts de tuiles canal, contraste avec la bastide du XIXe siècle, plus ornée et représentative du goût bourgeois du Second Empire, soucieuse d'afficher sa modernité dans le traitement des ouvertures, des moulures et des décors intérieurs. L'ensemble bâti — bastides, ferme, chapelle, dépendances, serres et orangerie — s'articule autour d'un parc à l'anglaise traversé d'allées savamment tracées. Les fabriques de jardin et les rocailles qui ponctuent ce parcours pittoresque témoignent d'un goût romantique affirmé : bancs sculptés, belvédère offrant des vues dégagées, salons de verdure délimités par des bordures de rocaille sont autant d'éléments caractéristiques du jardin paysager de la seconde moitié du XIXe siècle. Le réseau hydraulique, véritable épine dorsale technique du domaine, constitue à lui seul une prouesse d'ingénierie domestique. À l'intérieur, le joyau absolu demeure le papier peint panoramique de la manufacture Délicourt, ornant les murs d'un salon de la bastide du XIXe siècle. Ces papiers panoramiques, produits à Paris au XIXe siècle, représentaient des scènes de chasse, de paysages exotiques ou de grands moments historiques sur des rouleaux de plusieurs mètres de large. Rares dans les demeures privées et encore plus rares dans cet état de conservation, celui de la Cavalière constitue un document patrimonial et artistique d'une valeur exceptionnelle.


