
Aux portes de Tours, la Bourdaisière mêle Renaissance ligérienne et romantisme de la Restauration sur un domaine où Gabrielle d'Estrées charma Henri IV — et où pousse aujourd'hui la plus grande collection de tomates d'Europe.

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Posé sur un éperon rocheux dominant les coteaux de la Loire, le domaine de la Bourdaisière est l'une de ces demeures qui accumulent les vies comme d'autres accumulent les siècles. À Montlouis-sur-Loire, à quelques kilomètres de Tours, ce château associe des vestiges Renaissance à un corps de logis néo-classique érigé sous la Restauration, le tout enchâssé dans un parc aux proportions généreuses dessiné par les plus grands paysagistes français. Ce qui rend la Bourdaisière véritablement singulière, c'est la densité de son histoire incarnée. Forteresse médiévale transformée en demeure de plaisance au XVIe siècle, elle fut le théâtre d'une des liaisons les plus romanesques de la monarchie française. Sa trajectoire — grandeur, démembrement, renaissance — en fait un résumé saisissant du destin de la noblesse ligérienne entre l'Ancien Régime et le XIXe siècle. La visite offre un parcours à plusieurs strates temporelles : le bâtiment principal de la Restauration, austère et élégant dans ses proportions, contraste avec les trois ailes du XVIe siècle qui lui sont accolées, dont la chapelle rupestre creusée à même le tuf. La porte monumentale à colonnade qui ouvre sur le parc depuis l'est — franchissant les douves sur un pont de pierre — donne le ton d'une architecture qui mise sur l'effet dramatique autant que sur la sobriété. Le parc constitue aujourd'hui l'attraction principale du domaine. Travaillé à la fin du XIXe siècle par Édouard André et son fils René-Édouard, deux figures majeures du paysagisme français, il abrite notamment un conservatoire de tomates d'une ampleur exceptionnelle, devenu une destination gastronomique et botanique à part entière. Photographes, familles et amateurs de jardins y trouveront une expérience rare, loin des sentiers battus du Val de Loire touristique.
Le château de la Bourdaisière se présente comme un assemblage cohérent de plusieurs époques architecturales. Le corps de logis principal, élevé entièrement sous la Restauration par le baron Angellier, adopte le vocabulaire néo-classique alors en vogue : lignes sobres, élévations régulières, fenêtres à encadrements moulurés et toitures à la française. En retour d'équerre vers le nord, trois bâtiments contigus forment une aile qui conserve la mémoire du château du XVIe siècle, avec sa modénature Renaissance encore lisible malgré les démolitions du XVIIIe siècle. À l'ouest subsistent les communs, datant de la fin du XVIe ou du début du XVIIe siècle, organisés en deux ailes perpendiculaires formant une cour de service close. L'un des éléments les plus remarquables du domaine est la porte monumentale orientée à l'est, qui s'ouvre dans une colonnade et se couronne d'un édicule amorti par un fronton triangulaire. Franchie par un pont enjambant les douves — témoins du système défensif médiéval et de la vocation fortifiée première du site —, elle constitue une entrée théâtrale qui annonce le parc avec une dignité architecturale rare. La chapelle du XVIe siècle, creusée à même le rocher de tuf sur la terrasse ouest, représente l'élément le plus singulier de l'ensemble : architecture troglodytique intégrée dans la composition du château, elle rappelle que le sous-sol calcaire de la région est lui-même un matériau à part entière, exploité depuis le Moyen Âge.
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Montlouis-sur-Loire
Centre-Val de Loire