Seigneurie médiévale des Côtes-d'Armor, le domaine de Beaumanoir conjugue donjon breton du XVe siècle et aile néogothique victorienne, le tout cerné d'un parc romantique dessiné à la fin du XIXe siècle.
Niché dans le bocage penthièvrin, aux confins des communes du Leslay et de Cohiniac, le domaine de Beaumanoir figure parmi les hautes seigneuries les plus anciennes du pays de Quintin. Son nom seul évoque des siècles d'histoire bretonne, portés par des familles dont l'influence s'étendait bien au-delà des collines couvertes de genêts qui encadrent le manoir. Loin des châteaux-parades du Val de Loire, Beaumanoir cultive une élégance sobre, tout en granit gris, où chaque pierre semble garder la mémoire d'un temps révolu. Ce qui rend le domaine véritablement singulier, c'est la superposition lisible de ses époques : le corps de logis médiéval du XVe siècle dialogue avec les adjonctions du XVIIe, puis avec l'aile néogothique édifiée à la fin du XIXe siècle par l'architecte Auguste Courcoux. Cette stratification architecturale fait de Beaumanoir un véritable manuel de l'histoire de l'habitat aristocratique breton, depuis la forteresse résidentielle jusqu'au château de villégiature confortable et hygiéniste. Le parc, dessiné par le paysagiste Charles Singlis dans un esprit néogothique teinté d'influence anglaise, offre un cadre de promenade saisissant. Les allées s'y faufilent entre de vieux chênes, révélant par fragments des perspectives sur les façades de pierre. Les communs restaurés, intégrés à l'ensemble selon un plan d'autonomie domestique ambitieux, témoignent de la modernité sociale et technique que les propriétaires de 1895 entendaient insuffler à ce domaine ancestral. Pour le visiteur curieux, Beaumanoir est une invitation à déchiffrer le palimpseste d'une grande demeure bretonne : chaque ajout architectural raconte une réponse à l'époque qui l'a vu naître. Photographes et amateurs d'histoire régionale y trouveront une matière inépuisable, loin des foules touristiques des sites plus médiatisés.
Beaumanoir présente une architecture composite caractéristique des grandes demeures bretonnes qui ont traversé les âges sans jamais être entièrement rebâties. Le corps de logis primitif, élevé au XVe siècle, est construit en granit local à l'appareillage soigné, avec des ouvertures à moulures prismatiques typiques du gothique flamboyant breton. Les tours d'angle, aux proportions massives héritées de la tradition fortifiée, confèrent à l'ensemble une silhouette résolument médiévale que les remaniements ultérieurs n'ont pas effacée. L'aile du XVIIe siècle, plus régulière dans son ordonnancement, introduit des éléments classiques : croisées à meneau, toiture à égout droit, corniche moulurée. L'aile néogothique de 1895, signée Auguste Courcoux, se distingue par ses pignons à redents, ses baies ogivales et ses clochetons de granit taillé, dans un dialogue délibéré avec le vocabulaire médiéval du logis originel. Loin d'un pastiche grossier, cette aile témoigne de la maîtrise de Courcoux dans l'art de l'intégration stylistique, fréquent dans l'architecture bretonne de la Troisième République. Les communs, également conçus par Courcoux, forment un ensemble cohérent en retrait du château, organisés autour de cours secondaires qui facilitaient la circulation des gens de maison. Le parc de Charles Singlis, structuré selon les principes du jardin anglais — méandres, bosquets, points de vue ménagés, pièce d'eau supposée — enveloppe le tout dans un écrin végétal qui amplifie le caractère romantique de l'ensemble.
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