
Dolmen dit des Louettes, de Bellesort ou de Fontaine
Vestige néolithique aux trois noms mystérieux, le dolmen des Louettes dresse ses dalles de grès au cœur du Loir-et-Cher, témoignage saisissant d'une humanité bâtisseuse vieille de plus de 5 000 ans.

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Histoire
Au détour des bocages doucement vallonnés du Vendomois, à Fréteval, le dolmen dit des Louettes — également connu sous les noms de Bellesort ou de Fontaine — s'impose comme l'un des rares monuments mégalithiques préservés du département du Loir-et-Cher. Sa triple désignation, reflet des usages populaires successifs qui l'ont rebaptisé au fil des siècles, témoigne à elle seule de l'emprise profonde que ce monument a exercé sur l'imaginaire des générations qui l'ont côtoyé. Le dolmen se distingue par sa configuration architecturale caractéristique des constructions funéraires néolithiques du Bassin parisien et de la Loire moyenne : une chambre close formée de grandes orthostates plantées verticalement, surmontées d'une table de couverture dont la masse impressionne encore l'observateur contemporain. La sobriété minérale de l'ensemble contraste avec la végétation environnante, créant ce silence particulier propre aux lieux chargés d'une mémoire multimillénaire. Visiter ce dolmen, c'est s'accorder une expérience radicalement différente de celle que proposent les châteaux de la Loire tout proches. Ici, pas de décor Renaissance ni de parterres à la française : seulement la permanence de la pierre, la lumière rasante du matin qui révèle les textures rugueuses du grès, et la conscience vertigineuse d'être face à l'une des premières architectures intentionnelles que l'humanité ait jamais érigées sur ce sol. Le cadre champêtre de Fréteval, modeste bourg du nord du Loir-et-Cher niché sur les rives du Loir, amplifie cette sensation d'isolement hors du temps. Le monument, accessible à pied depuis le village, s'inscrit dans un paysage de bocage et de prairies humides typique du Vendomois, qu'aucune urbanisation n'est venue dénaturer. Photographes et amateurs de patrimoine préhistorique y trouveront un sujet d'une grande richesse plastique, particulièrement à l'aube ou en fin d'après-midi.
Architecture
Le dolmen des Louettes présente la morphologie classique des dolmens simples du nord de la Loire : une chambre funéraire polygonale ou sub-rectangulaire constituée de plusieurs dalles verticales en grès local, les orthostates, solidement ancrées dans le sol. Ces montants supportent une dalle de couverture — la table — dont le poids, pouvant atteindre plusieurs tonnes selon les spécimens régionaux comparables, témoigne d'un savoir-faire technique remarquable pour des constructeurs dépourvus d'outils métalliques. Les matériaux employés sont typiquement extraits des affleurements géologiques locaux du Vendomois, riches en grès et en calcaires silicifiés. La surface des dalles, exposée depuis des millénaires aux intempéries, présente généralement des patines lichéniques caractéristiques — gris argenté, ocre, vert sombre — qui accentuent l'aspect monumental et la charge temporelle de l'ensemble. L'absence de décors gravés, fréquente dans les dolmens de la région Centre par opposition à ceux de Bretagne ou du Bassin rhénan, confère au monument une austérité formelle qui renforce son impact visuel. La chambre devait à l'origine être accessible par une entrée ménagée entre deux orthostates, peut-être condamnée ultérieurement ou aujourd'hui partiellement effondrée. Certains dolmens comparables du Loir-et-Cher conservent des traces d'un tertre de recouvrement en terre ou en pierres sèches qui enveloppait la structure ; si ce tumulus a existé à Fréteval, il a depuis longtemps été érodé ou arasé par les activités agricoles, laissant la chambre mégalithique à nu dans le paysage.


