
Dolmen de Cornevache
Vestige néolithique discret du Loir-et-Cher, le dolmen de Cornevache dresse ses orthostates de grès parmi les bois de Selommes, témoignage silencieux d'une civilisation vieille de cinq millénaires classé Monument Historique.

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Histoire
Niché dans le paysage bocager du Loir-et-Cher, aux confins de la Beauce et du Perche vendômois, le dolmen de Cornevache appartient à cette famille de monuments mégalithiques qui jalonnent discrètement la vallée du Loir. Loin de la notoriété de certains alignements bretons, il possède une austérité qui force le respect : quelques dalles massives dressées par des hommes dont nous ne connaissons ni le nom ni la langue, il y a plus de cinq mille ans. Ce qui rend Cornevache singulier, c'est précisément sa discrétion. À l'écart des grands axes touristiques, il se découvre au détour d'un chemin rural, entouré d'une végétation qui semble vouloir le protéger. Les tables de pierre, dont le poids dépasse plusieurs tonnes, ont traversé les millénaires sans autre gardien que la terre elle-même. Cette permanence face au temps éphémère des hommes constitue l'émotion première de la visite. L'expérience de visite est avant tout contemplative. Contrairement aux monuments bâtis, ici pas d'intérieur à parcourir, pas de salle d'apparat à admirer : juste l'espace sacré délimité par les blocs, la lumière qui filtre selon l'heure et la saison, et le silence habité d'une présence ancienne. Les passionnés de préhistoire reconnaîtront le plan classique du dolmen à couloir, tandis que les promeneurs ordinaires seront simplement saisis par l'étrangeté de ces géants minéraux posés là, en pleine campagne solognote. Le cadre naturel renforce la magie du lieu. Le Vendômois est une région de bocages doux, de rivières calmes et de lumières douces qui exaltent le minéral. Au printemps, les alentours de Selommes se couvrent de verdure tendre qui contraste magnifiquement avec le gris-beige des orthostates. En automne, les teintes ocre des chênes environnants offrent aux photographes des compositions d'une grande beauté. Le dolmen de Cornevache est l'un de ces lieux qui récompensent le voyageur qui prend le temps de s'éloigner des itinéraires balisés.
Architecture
Le dolmen de Cornevache présente la morphologie caractéristique des sépultures mégalithiques du Centre-Val de Loire : un ensemble de supports verticaux, les orthostates, maintenus en place par leur propre masse et par le bourrage de terre et de pierres qui les entourait à l'origine, couronnés d'une ou plusieurs dalles horizontales formant la table de couverture. Ce plan dit « en chambre simple » est l'une des formes les plus répandues dans la région, distincte des grands dolmens à couloir que l'on rencontre davantage en Bretagne ou dans le Maine. Les matériaux employés sont issus du substrat géologique local, probablement du calcaire turonien ou du grès ferreux caractéristiques du sous-sol vendômois. Ces blocs, d'un gris-beige marqué de lichens orangés et verdâtres, présentent une surface naturellement rugueuse que les bâtisseurs néolithiques n'ont que partiellement dressée. La dalle de couverture, d'un poids estimé à plusieurs tonnes, repose sur les orthostates avec une précision remarquable qui a permis à l'ensemble de résister aux affaissements et aux poussées du sol au fil des siècles. La chambre sépulcrale ainsi délimitée offrait à l'origine un espace intérieur accessible, probablement fermé à l'avant par une dalle de chevet amovible permettant les dépôts successifs d'ossements. Comme la plupart des dolmens du secteur, Cornevache était vraisemblablement recouvert à l'origine d'un tumulus de terre et de pierres qui le dissimulait sous un monticule artificiel, aujourd'hui disparu sous l'effet des labours et de l'érosion, laissant la structure osseuse du monument à nu dans le paysage.


