Deux mottes castrales
Deux mottes castrales médiévales veillant sur la plaine girondine de Cabanac-et-Villagrains : vestiges discrets mais éloquents de la féodalité aquitaine, classés Monuments Historiques en 2020.
Histoire
Au cœur du Entre-deux-Mers et des paysages vallonnés de la Gironde méridionale, les deux mottes castrales de Cabanac-et-Villagrains comptent parmi les témoignages les plus authentiques de l'architecture militaire médiévale du Sud-Ouest. Ces buttes artificielles, façonnées de main d'homme à partir de la terre extraite des fossés environnants, incarnent une forme d'ingénierie défensive à la fois rudimentaire et redoutablement efficace, qui a structuré le peuplement rural aquitain du haut Moyen Âge jusqu'aux premières décennies du XIIIe siècle. Ce qui rend ce site exceptionnel, c'est la rareté de la conservation de deux mottes en vis-à-vis sur un même terroir : une configuration qui évoque soit la coexistence de deux seigneuries distinctes partageant un même espace agraire, soit une organisation défensive pensée en binôme pour contrôler un passage, un gué ou une voie ancienne. Cette dualité spatiale est un cas relativement peu fréquent en Nouvelle-Aquitaine et confère au site une valeur archéologique et paysagère singulière. La visite de ces tertres invite à un exercice d'imagination autant qu'à une promenade dans la campagne bordelaise. Chaque motte, dont le sommet aplati portait jadis une tour de bois — et peut-être plus tard une construction maçonnée — offre depuis son faîte un point de vue dégagé sur les alentours immédiats, rappelant la logique stratégique qui présida à leur édification. Les fossés, partiellement lisibles dans le relief, complètent la lecture du dispositif défensif. Le cadre naturel participe pleinement à l'expérience : les prairies humides, les haies bocagères et les ripisylves qui environnent le site s'intègrent dans un paysage peu altéré, propice à la contemplation et à la photographie de paysage. Pour l'amateur de patrimoine médiéval, ce site off-the-beaten-path représente une halte précieuse, loin des foules mais riche en résonances historiques.
Architecture
Les mottes castrales de Cabanac-et-Villagrains appartiennent à la catégorie des mottes simples à basse-cour, forme la plus répandue dans le Bordelais médiéval. Chaque motte se présente comme un tertre artificiel de forme tronconique, élevé entre quatre et dix mètres au-dessus du niveau du sol environnant, avec un diamètre à la base pouvant atteindre trente à cinquante mètres et une plateforme sommitale aplatie d'une dizaine de mètres de diamètre. Les flancs, à pente raide, étaient originellement palissadés et parfois revêtus d'un clayonnage pour en consolider le talus et décourager l'escalade. Le matériau de construction est exclusivement la terre locale — argiles, limons et sables —, extraite des fossés annulaires creusés à la périphérie de chaque motte. Ces fossés, potentiellement en eau grâce à la proximité de ruisseaux ou de zones humides caractéristiques de la Gironde méridionale, constituent un élément défensif aussi important que le tertre lui-même. Au sommet trônait une tour de bois, probablement à deux niveaux, accessible depuis la basse-cour par une volée d'escaliers ou une rampe en bois amovible — dernier recours en cas d'attaque. La présence de deux mottes sur le même territoire communal invite à envisager une lecture d'ensemble : leur positionnement relatif, que l'analyse topographique des relevés LiDAR contemporains permettrait de préciser, suggère une complémentarité fonctionnelle ou une chronologie décalée de construction. L'ensemble reste lisible dans le paysage actuel, ce qui en fait un document topographique de premier ordre pour comprendre l'habitat seigneurial médiéval du Sud-Ouest aquitain.


