Au cœur de Quintin, deux maisons Renaissance du XVIIe siècle arborent des façades d'exception : portes en plein cintre flanquées de pilastres, corniches à mutules et fronton triangulaire, témoins précieux de l'art breton de la pierre.
Nichées dans les ruelles pavées de Quintin, petite cité de caractère des Côtes-d'Armor, ces deux demeures bourgeoises constituent l'un des ensembles architecturaux les plus éloquents de la Renaissance bretonne. Leur inscription aux Monuments Historiques dès 1951 témoigne de la valeur patrimoniale que leur reconnaissent les experts, au même titre que les hôtels particuliers et manoirs qui jalonnent cette région du centre-Bretagne. Ce qui distingue ces maisons du bâti ordinaire de l'époque, c'est la sophistication de leur vocabulaire décoratif. Les façades déploient un répertoire ornemental d'une précision remarquable : colonnes et pilastres encadrant les portes, chapiteaux à motifs végétaux, moulures d'oves couronnant les allèges, et ces corniches caractéristiques traitées en succession de corbeaux ou mutules évoquant les mâchicoulis médiévaux. Cette hybridation entre héritage gothique et langage Renaissance est une signature propre aux artisans bretons du XVIIe siècle. La première maison frappe d'emblée par la finesse de son arc en plein cintre, dont la clef sculptée se pare de formes de banderolles enroulées, motif humaniste par excellence. La seconde, légèrement plus sobre dans ses ornements, compense par une composition plus ambitieuse : une porte en plein cintre aux piédroits géométriques soutient un haut fronton triangulaire, donnant à l'ensemble une allure presque palatiale pour une demeure de ville. Visiter ces deux maisons, c'est se laisser porter par la déambulation dans le Quintin médiéval et Renaissance, une ville qui fut au XVIIe siècle un centre prospère de la manufacture de toiles de lin et de chanvre. L'atmosphère de granit gris, les venelles étroites et la lumière bretonne qui glisse sur les reliefs sculptés composent un cadre d'une rare authenticité. Le promeneur attentif découvrira dans ces façades l'ambition sociale et culturelle d'une bourgeoisie marchande qui entendait afficher sa réussite dans la pierre.
Ces deux maisons illustrent le style Renaissance bretonne tel qu'il se pratiqua dans les villes du centre-Bretagne au XVIIe siècle : une architecture de granit gris aux volumes sobres, dont toute l'élégance se concentre sur les façades et singulièrement autour des portails. Le granit, matériau roi de la région, impose ses contraintes et sa noblesse : il appelle des reliefs nets, des arêtes franches, une sculpture précise et économe en détails superflus. La première maison se distingue par son portail en arc plein cintre dont la clef est sculptée d'un motif de banderolles enroulées, référence humaniste directe aux cartouches et phylactères de la gravure renaissante. Les colonnes ou pilastres encadrant l'ouverture sont couronnés de chapiteaux à motifs végétaux stylisés. Au niveau des allèges, une moulure continue ornée d'oves — motif hérité de l'Antiquité — souligne horizontalement la composition. La corniche supérieure, traitée en succession de corbeaux ou mutules, crée un effet rythmique caractéristique, rappelant formellement les mâchicoulis des fortifications médiévales. La seconde maison adopte une composition plus verticale et plus monumentale. Ses piédroits sont décorés de pilastres à motifs géométriques, sobre mais élégant, et la porte en plein cintre est surmontée d'un haut fronton triangulaire qui confère à l'ensemble une dignité presque classique. Cette présence du fronton triangulaire, empruntée au répertoire de l'architecture savante, signale l'ambition culturelle du commanditaire et la compétence de l'artisan qui sut l'adapter à la logique constructive du granit breton.
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