Au cœur de Pontrieux, ces deux maisons médiévales et Renaissance révèlent l'âme architecturale de la Bretagne : tour carrée, colombages enduits et appareillage de pierre taillée composent un dialogue rare entre le XVe et le XVIIIe siècle.
Nichées dans les ruelles de Pontrieux, bourgade côtière des Côtes-d'Armor traversée par le Trieux, ces deux maisons accolées forment l'un des ensembles civils les plus singuliers du patrimoine breton. Loin des reconstitutions muséifiées, elles vivent encore au rythme du bourg, offrant au regard attentif une leçon d'architecture à ciel ouvert, où chaque assise de pierre raconte plusieurs siècles d'histoire urbaine. La première maison, dominée par une robuste tour carrée centrale, frappe d'emblée par l'équilibre de sa façade en moellons rythmée d'encadrements en pierre taillée. Loin d'être une simple construction utilitaire, cet ensemble témoigne d'une ambition bourgeoise affirmée dès le XVe siècle : la tour, élément de prestige plus que de défense, signalait dans le tissu urbain la prospérité de son commanditaire. Ses cinq fenêtres au premier étage, encadrant sobrement celle de la tour entre deux grands trumeaux, confèrent à la façade une dignité presque seigneuriale. Contiguë après un léger angle rentrant qui ménage une transition architecturale subtile, la seconde maison relève d'un vocabulaire tout différent. Sa façade régulièrement percée, en pierres taillées soulignées de cordons horizontaux, témoigne du renouveau classique du XVIIIe siècle. Mais c'est le rez-de-chaussée, avec sa grande porte en plein cintre à gros appareillage et ses poteaux de bois, ainsi que l'étage en colombage enduit scandé de pièces de bois courant sur toute la longueur de la façade, qui révèlent la richesse d'une construction hybride, héritière de traditions constructives médiévales réinterprétées à l'époque moderne. Visiter ces deux maisons, c'est prendre le pouls d'un Pontrieux ancien, ville de tanneurs, de marchands et de gens de mer enrichis par le commerce du lin et du chanvre qui descendait le Trieux. Le visiteur photographe trouvera ici des cadrages saisissants entre ombre et lumière, tandis que les amateurs d'architecture civile ancienne seront comblés par la lecture des façades, véritable traité en pierre sur l'évolution des techniques et des goûts en Bretagne.
La première maison illustre l'architecture civile bretonne du XVe siècle dans sa formule la plus aboutie : une façade en moellons de granit, matériau omniprésent en Basse-Bretagne, rythmée par des encadrements en pierre de taille soigneusement appareillée aux baies. La tour carrée centrale, élément structurant de la composition, organise la façade en triptyque : une porte centrale flanquée de deux ouvertures de part et d'autre au rez-de-chaussée, et une rangée de cinq fenêtres au premier étage, celle de la tour s'inscrivant entre deux larges trumeaux pleins qui accentuent l'effet de massivité et de verticalité. La seconde maison, séparée de la première par un léger angle rentrant, adopte un vocabulaire différent et plus tardif. Sa façade en pierres taillées, régulièrement percée, est scandée de cordons horizontaux à hauteur des planchers, procédé courant dans l'architecture classique française pour souligner la stratification des niveaux. Le rez-de-chaussée s'ouvre par une porte en plein cintre à gros appareillage, sobre et noble, accompagnée de poteaux de bois. L'étage en colombage enduit — technique où une ossature de bois est remplie de torchis ou de mortier — trahit des traditions constructives plus anciennes, probablement héritées d'une phase de construction antérieure au XVIIIe siècle ou d'une économie délibérée des matériaux. Des pièces de bois courent horizontalement sur toute la longueur de la façade, à plusieurs niveaux, formant un réseau de sablières qui structurent visuellement l'ensemble. Deux lucarnes ponctuent enfin le deuxième étage, éclairant les combles sous une toiture à double pente caractéristique de l'architecture bretonne.
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